Venezuela

6 octobre : Kralendijk

Nous voici à Bonaire depuis cet après-midi. Il est 20h30, le bateau est éclairé par les lueurs de la ville, et on entend la musique des festivités liées à la semaine de régate...

Pour nous qui avons quitté Grenade il y a maintenant 6 semaines et qui depuis avons vécu d'île déserte en île déserte, le contraste est étonnant !

Ah, le Venezuela... nous en avons écrit des pages et des pages... pour ceux qui n'auraient pas la patience d'attendre que nous ayons une bonne connexion pour tout mettre à jour, et pour ceux qui n'auront pas envie de tout lire (venez quand même voir les photos!), en voici un résumé :

La Blanquilla, la tranquilla : les dauphins au mouillage et l'impression de plonger dans un aquarium à chaque fois qu'on nage autour du bateau. Une île déserte, occupée par une poignée de garde-côtes armés jusqu'aux dents. La plus belle baie du monde, Americano Bay, et sa maison en ruine que tout le monde a rêvé de retaper pour s'y installer.

Tortuga la touristique, plus fréquentée, avec des fonds moins jolis, mais une immense plage de sable, des mouillages déserts, d'autres où on fait des rencontres sympas.

Los Roques, moins sauvages que prévus, mais des couleurs incroyables, des tortues, des poissons,...

Las Aves enfin, accueillis à l'archipel de Barlovento par les cris des oiseaux, obligés de remonter la ligne de pêche pour que les fous ne s'y prennent pas. Des tortues plein la mangrove, l'eau transparente sur les cayes. Vingt bateaux dans les mouillages les plus connus, parfois là depuis des semaines, personne quelques milles plus loin, encore personne aux Aves de Sotavento. Une fois de plus une clarté de l'eau, du transparent au bleu outremer en passant par le turquoise, le vert-jaune, au point que les nuages eux-même se colorent.

Des rencontres aussi, des gens, des bateaux, des poissons, des oiseaux, des tortues, des dauphins... Et la pêche presque miraculeuse, qui nous réconcilie avec notre ligne de traîne... Ne ratez pas les recettes de poisson !

Sans tomber dans la psychose, nous avons tenu compte d'un certain nombre de choses entendues avant de partir sur l'insécurité au Venezuela. Nous n'aurons vu que quelques îles, en évitant le continent. Jusqu'aux Roques, nous avons navigué avec un peu de stress, sans jamais cependant être inquiétés. Enfin, à Bonaire, les fusées de détresse et la corne de brume, posée à côté du lit, vont pouvoir retrouver leur place dans les coffres, et nous allons recommencer à allumer les feux de mouillage et de navigation...

La Blanquilla

31 août : Playa Falucho, La Blanquilla (Venezuela)

Les Antilles, c'est fini ! En quittant Grenade, c'est une nouvelle étape qui commence. Nous sommes partis lundi au lever du jour, avec très peu de vent. Cap à l'ouest, vers la Blanquilla. Chimère Rouge et Graffiti partent en même temps que nous, après leur faux départ de la semaine dernière (ils sont revenus dans la nuit à cause de la pétole). Chimère Rouge a déroulé son gennaker rouge, visible de loin. Graffiti réduit rapidement sa voilure pour ralentir et rester à la même vitesse. De notre côté, nous établissons les voiles en ciseau, presque plein vent arrière, et nous garderons le ciseau jusqu'à l'arrivée, 37 heures plus tard. Nous prenons la tête à midi, et toute la journée, nous sommes en contact VHF avec ces deux bateaux. Nous verrons leurs feux jusqu'en milieu de nuit avant de les perdre complètement de vue et de perdre le contact. Nous avons décidé en ce qui nous concerne de naviguer tous feux éteints pour être moins repérables.

La vitesse est quand même décevante, pas beaucoup de vent et pas de trace des 2 nœuds de courant favorable, on calcule sans cesse notre ETA pour arriver de jour. La nuit de navigation se passe sans souci, on corrige légèrement le cap de temps en temps au pilote. Il n'y a pas de lune, mais la voie lactée donne suffisamment de lumière dehors. Les enfants sont un peu perdus, il faut dire que c'est notre première navigation longue depuis la transat, il y a six mois... On passe le temps en cuisinant (gâteau au chocolat et crêpes) et en admirant les dauphins, qui viennent deux fois faire le spectacle autour du bateau. En milieu d'après-midi le second jour, l'archipel de Los Hermanos est en vue. La Blanquilla, très plate, est invisible, mais nous savons qu'elle est juste derrière. Nous la contournons par le nord pour rejoindre le mouillage de la côte sous le vent. Nous craignions de ne pas trouver de place au mouillage, mais il est désert... nous poursuivons jusqu'au sud, où se trouve la base des garde-côtes et deux autres mouillages, eux aussi déserts... Nous hésitons fortement à mouiller dans un coin désert, sachant qu'il y a à peine quelques jours, un cata français a été attaqué au mouillage à Margarita... La Blanquilla a la réputation d'être sûre, mais nous voulons rester prudents. J'appelle les garde-côtes à la VHF, pour me renseigner sur les mouillages, et aussi pour nous signaler, mais sans réponse. Il nous reste deux options : tracer à l'ouest vers les Roques, à 130 milles d'ici, ou faire le tour complet de l'île en espérant voir arriver Chimère Rouge, Graffiti ou Black Pearl, qui devait prendre le départ quelques heures après nous. En effet, Black Pearl est en approche, en train de se bagarrer avec un poisson... Nous prenons ensemble le mouillage face à la Playa Falucho, au milieu des barques de pêcheurs. A peine installés, nouvelle visite des dauphins, qui viennent respirer autour du bateau. La nuit est tombée, on les éclaire à la lampe de poche, cela n'a pas l'air de les déranger.

Au réveil, on se dit qu'on est bien contents d'avoir quitter Grenade ! Les pêcheurs ont quitté le mouillage à 5h30 avec le soleil, et nous avons la baie pour nous seuls. L'eau est turquoise, et nous partons en snorkeling tous ensemble dès le matin. Poisson-ange, poisson-papillon, sergent-major, perroquet, barracuda, calamar, diodon,... nagent au milieu des coraux. On pourrait se croire au paradis...

1er septembre : Playa Yaque

Hier, en milieu de journée, nous avons rejoint le mouillage de l'ouest, où nous avons retrouvé Graffiti et Chimère Rouge. Le paysage est encore plus beau, l'eau est très claire, il y a des milliers de poissons. Il y a encore plus de pêcheurs de ce côté-là, de grandes barques, qui servent de « vaisseaux-mères », les lanchas et de plus petites, les peñeros, qui apportent le produit de leur pêche aux lanchas. Maryse de Chimère Rouge nous l'explique : les pêcheurs travaillent pour une conserverie à Margarita. Ils pêchent la bonite pendant une à deux semaines autour de la Blanquilla, rentrant chaque soir au mouillage à la Blanquilla, avant de l'apporter à Margarita. Pour la conserver, ils utilisent le sel ramassé sur l'île. Leur vie est spartiate : ils dorment et mangent sur les bateaux, parfois se construisent une cabane à terre. Leur employeur ne leur achète que les bonites et les dorades, ils sont donc contents d'échanger d'autres poissons aux plaisanciers contre des piles, du rhum, des cigarettes ou des bières fraîches.

Plongée dans le grand aquarium à 50 mètres du bateau. Les coraux sont magnifiques, très variés et multicolores. Il n'y a pas eu de cyclone ici pour les réduire en miettes. La couleur, le nombre, la taille des poissons aussi nous étonnent. Nous commençons à être capables de reconnaître la plupart des espèces. Certains poissons se laissent approcher de très près, d'autres restent très craintifs. On reste plus d'une heure dans l'eau à admirer les fonds avant de fatiguer un peu. L'eau est plus fraîche qu'à Grenade (28-29° au lieu des 30-32° de Grenade), mais ne nous plaignons pas !

Dans l'après-midi, les pêcheurs étant partis, nous déballons le harpon, jusque là jamais sorti des coffres. Greg part avec Laurent de Black Pearl en expédition pêche. Ils reviennent deux heures après avec six beaux poissons-perroquet ! Le soir nous varions les recettes : les quatre petits sont grillés au barbecue, les deux gros sont cuisinés en sushi, en sashimi et à la tahitienne : un régal !

2 septembre

L'école a repris depuis deux jours pour les enfants, à petite dose : une petite heure où on alterne anglais, espagnol, un peu de lecture de documentaires, et quelques fiches de maths ou de graphisme pour Léa.

En milieu de matinée, on entend un bruit de moteur : une barque avec 8 personnes à bord s'approche du mouillage. Nous sommes le premier bateau de ce côté, la première visite est donc pour nous. Les hommes sont en uniforme, lourdement armés, et sont soldats et garde-côtes. Ils restent une demi-heure à bord, inspectent le bateau (y compris sous les coques avec un plongeur) et posent beaucoup de questions. Au final, ils nous souhaitent la bienvenue et nous disent que nous pouvons rester aussi longtemps que nous le voulons. « La Blanquilla esta su casa »... Au moins maintenant nous sommes presque en règle, notre dernier document datait du 24 août, lorsque nous avions fait la clearance à Grenade parce que nos visas grenadiens expiraient le jour-même... Ici, pas de douane ou d'immigration, il faudrait aller sur le continent pour faire la clearance, mais le papier que les garde-côtes nous ont laissé nous permettra d'être plus serein au prochain contrôle.

On file à la plage dès le départ des garde-côtes où l'on croise les autres équipages dès qu'eux-aussi peuvent quitter leur bord. Au final, Chimère Rouge et Graffiti ont peut-être assuré la paix du mouillage contre une bouteille de whisky, quelques bières et un paquet de cigarettes... !

3 septembre

Exploration de l'île toute la matinée avec Black Pearl. La végétation est au ras du sol, herbes sèches, plantes grasses et surtout cactus aux épines redoutables ! Très peu d'arbres, les trois palmiers en bordure de plage sont les seuls de l'île, et donc très peu d'ombre aussi. On repère au sol des empreintes d'iguanes, et plein de crottins d'âne. Le mystère reste entier, après notre expédition nous ne savons toujours pas s'il y a un ou plusieurs ânes sur l'île, nous n'avons pas réussi à nous en approcher. Au final, nous aurons marché pendant presque trois heures mais avec beaucoup de détours pour trouver où mettre les pieds entre les cactus (chaussures obligatoires!). La Blanquilla est une île déserte si on excepte les garde-côtes, et il n'y a aucune construction, à part leur base et les ruines de la maison de l'américain, à Americano Bay. Les couleurs et la lumière sont superbes, du jaune de l'herbe au vert des cactus, teinte foncée des coraux fossilisés, et les différentes teintes de bleu de l'eau, mais il paraît difficile d'imaginer vivre sur cette île. On se sent réellement loin de tout ! Picnic au bord de l'eau à l'ombre d'un arbuste avant une petite baignade bien méritée puis sieste pour tout le monde avant de retourner à la plage. La vie est dure...

Dans l'après-midi, un autre bateau a rejoint le mouillage : il s'agit de Marco Polo. N'y aurait-il que des français au Venezuela ?

4 septembre

Après l'exploration à terre, l'exploration en annexe. Nous partons vers le nord avec Black Pearl, direction Americano Bay, ainsi nommée parce qu'un américain y avait construit une maison dominant la mer, pour y vivre loin de tout. L'américain semble parti depuis longtemps, il ne reste que des ruines de sa maison, mais la baie est la plus belle de l'île : on longe de petites falaises creusées de grottes où habitent les pélicans et autres oiseaux pour arriver à une belle petite plage de sable blanc. L'eau est transparente, et un pont rocheux prolonge les ruines de la maison. Le long des falaises le massif corallien est très poissonneux, et nous faisons du snorkelling tous ensemble. Après la plage de l'après-midi (nous avons pris nos petites habitudes), apéro sur Graffiti avec Chimère Rouge et Black Pearl. On se régale d'aïoli, de langouste achetée aux pêcheurs et d'accras « bateau »...

5 septembre : Playa Yaque

Un lundi 5 septembre, nous faisons un peu comme tout le monde : petit-déjeuner en famille avant l'école des enfants et les tâches ménagères pour les parents.

Quelques différences : il fait déjà 30 degrés dans le bateau au réveil, et notre premier réflexe est de contrôler la tension des batteries et la température du frigo. Avec le beau temps permanent depuis que nous sommes au Venezuela, tout va bien de ce côté-là. Un coup d’œil par le hublot nous avait confirmé que tout allait bien au mouillage, nous n'avons pas dérapé et les autres bateaux sont encore là. Nous ne sommes pas inquiets, le mouillage est calme, les garde-côtes sont présents et la Blanquilla est une île sans histoire. Pour le petit-déjeuner, nous mangeons le pain que nous avons fait nous-même la veille. La VHF est allumée et Laurent nous fait sa petite météo toute personnelle et lance l'idée d'un concours de pêche avec barbecue sur Americano Beach ce soir. Ensuite, c'est l'école : une petite heure de leçons avant de libérer les enfants. Vaisselle, un peu de ménage et de rangement, mais pas trop, on est quand même au paradis !

L'après-midi, c'est la pêche miraculeuse pour nous qui n'avions pas pêché à la ligne depuis des mois : deux bonites ! Avec les perroquets de Laurent et la dorade de Thomas (5 ans demain), le barbecue du soir est un festin ! On mouille les deux bateaux entre les cayes d'Americano Bay. Grand feu de joie sur la plage, à l'entrée d'une grotte naturelle. Les enfants sont retournés à l'état sauvage...

6 septembre : Americano Bay

Dernière journée sur la Blanquilla. Après l'école, un petit snorkelling sur la caye voisine du bateau avant d'emmener les enfants à la plage. Dessert sur Black Pearl pour (re)fêter l'anniversaire de Thomas. Après la sieste une nouvelle plage, et on prépare les bateaux pour le départ après le dîner. Derniers contacts VHF avec Chimère Rouge et Graffiti, rendez-vous est pris à Los Roques dans une semaine.

Tortuga

7 septembre : en mer des caraïbes

2 heures du matin sur la mer des caraïbes. La lune se couche, en quelques minutes la voie lactée redevient visible et les étoiles filantes se multiplient. Le sillage du bateau est phosphorescent, et la lumière vient à la fois du ciel et de la mer. Un cargo passe au loin vers le nord. Devant nous, à 2 ou 3 milles, Black Pearl est invisible. Même si ça ne change pas grand'chose, nous naviguons nous aussi tous feux éteints. Nous sommes à moins de 50 milles de Margarita, mais j'ignore le rayon d'action des lanchas.

La nuit est calme, pas grand'chose à faire si ce n'est un tour d'horizon de temps en temps pour s'assurer que nous sommes seuls.

Au lever du jour, on devine une voile à l'horizon, c'est sans doute Black Pearl. Encore quelques heures et nous arrivons à Tortuga sous les nuages, l'entrée qui doit se faire à vue dans la cayo de la Herradura se fait... au pif ! Nous avons manqué en route un barracuda de belle taille, mais Black Pearl nous aurait de toute façon battus : leur barracuda mesure 1m10 et pèse 17kg ! A côté, nos deux bonites semblent toutes petites... On mouille par 2 mètres d'eau turquoise, face à la plage. Tortuga et ses récifs ne sont pas aussi déserts que la Blanquilla : les pêcheurs se relaient toute l'année et dorment dans des cabanes construites sur la plage. A l'arrivée, ils viennent nous saluer et demander des cigarettes, il semblerait que ce soit la monnaie locale...

Nous testons le soir pour la première fois la recette de la bonite fraîche à la malaisienne (oignons, ail, gingembre frais et piment) : excellent !

8 septembre : Cayo de la Herradura, Tortuga

Nous nous réveillons dans un mouillage de rêve... Même si nous sommes devenus difficiles depuis la Blanquilla, impossible de ne pas tomber sous le charme de Tortuga. Nous sommes mouillés face à une langue de sable large de quelques mètres. Du côté du mouillage, une eau turquoise calme comme un lac. De l'autre côté, la mer des Caraïbes, bleue outremer avec quelques moutons soulevés par les alizés. Cette langue de sable (Cayo de la Herradura) arrête les vagues mais aussi les déchets transportés par la mer, qui s'ajoutent aux restes des barbecues des plaisanciers. L'équipage de Black Pearl s'est mis en tête de nettoyer la plage, vaste projet... Il faut dire que la gestion des déchets est au mouillage une problématique du quotidien. Nous compactons au maximum les emballages, plastiques et boîtes, en prenant soin de les laver à l'eau de mer pour

éviter les odeurs. Tout ce qui peut être dégradé par la mer (épluchures, papier, carton, restes de nourriture), nous le conservons pour pouvoir le jeter au large lorsque nous serons en navigation. Au mouillage, nous ne nous débarrassons que des petits déchets qui coulent vite ou peuvent être mangés rapidement par les poissons : petits restes de repas, carcasses de poisson, œufs pourris... et nous gardons donc ce qui n'est pas dégradable jusqu'à la prochaine poubelle, c'est-à-dire pendant plusieurs semaines... Au final, nous cumulons un sac poubelle de 30l par semaine. Et vous ?

Le mouillage s'est un peu peuplé depuis notre arrivée. Nous sommes trois voiliers étrangers, deux lanchas de pêcheurs, et cinq bateaux moteur vénézueliens. Il faut dire qu'au prix du gasoil ici, ils auraient tort de s'encombrer de voiles ! Enfin, c'est ce qu'on nous a dit, de toute façon la vente de gasoil aux étrangers est officiellement interdite dans tout le Venezuela...

9 septembre

Nuit agitée, passée sous grains orageux. Le bateau moteur qui s'était mouillé à quelques mètres devant nous est dangereusement plus près lorsque nous tournons avec le vent sur nos 25 mètres de chaîne. Lui a mis une ancre devant et une derrière, posées presque sur notre mouillage... Pas très pratique si nous devons partir en catastrophe... Nous avons surveillé pendant plusieurs heures les mouvements du bateau et la progression des orages. Un blog précise en effet que la foudre a tendance à frapper plus souvent dans ce mouillage de Tortuga que dans les autres ! Pour compléter la mauvaise nuit, invasion de moustiques affamés dans tout le bateau.

Au matin, nous quittons ce mouillage pour aller mouiller devant Las Tortuguillas. Le snorkelling est décevant mais le paysage est superbe : deux petites îles inhabitées, on mouille par moins de deux mètres d'eau devant une langue de sable blanc, on a presque pied en sautant du bateau... La protection contre la houle est par contre moyenne, et après notre mauvaise nuit, nous préférons retourner nous battre contre les moustiques au mouillage de Cayo de Herradura... Au menu, barracuda à la malaisienne et gâteau à la pêche de Black Pearl !

10 septembre

Malgré les moustiquaires, les moustiques nous ont rendu la nuit très inconfortable. On se demande comment font les Venezueliens, qui sont arrivés en foule pour le week-end dans leurs motor-yachts. Certains dorment sur la plage, d'autres laissent toutes les lumières des bateaux allumées et n'ont pas l'air dérangés... Peut-être ont-ils la climatisation ?

Nous suivons Black Pearl vers un nouveau mouillage : Los Palanquinos, récifs qui s'étendent au nord de Tortuga. C'est maintenant le rendez-vous des voiliers étrangers, les motor-yachts venezueliens préfèrent la plage de la Herradura. Cinq voiliers au mouillage, et deux lanchas. Nous sommes à peine mouillés que nous avons la visite des pêcheurs voisins, qui nous demandent des cigarettes. Nous leur demandons s'ils ont du poisson. Ils reviennent un peu plus tard, et nous échangeons une belle daurade contre une dizaine de cigarettes et un reste de rhum. Les pêcheurs le goûtent devant nous et ont l'air d'apprécier. Nous aussi. Le troc, ça marche !

L'après-midi, petite balade sur Tortuga. La végétation ressemble un peu à celle de Blanquilla : sèche et basse, avec un peu moins de cactus. Le départ de la plage en annexe est acrobatique, face à la houle. On compte les vagues et on fonce ! Soirée crêpes sur Black Pearl pour finir la journée.

11 septembre

Temps couvert et un peu de pluie... Nous sommes sortis des zones météo couvertes par RFI, mais on peut imaginer avoir à peu près la même chose que dans sud-antilles : retour du vent au sud-est, grains orageux...

On quitte les Palanquinos pour aller mouiller à la Playa Caldera, la baie prise en photo à chaque fois qu'on parle de Tortuga. On zigzague entre les récifs avant de faire un bord de près serré par mer presque plate. Grand-voile à un ris, Eol file le long de la côte de Tortuga. Au mouillage, trois autres voiliers français, un espagnol et des motor-yacht venezueliens. De l'autre côté de la langue de sable, un gréement familier : c'est Marco-Polo, dont on prend des nouvelles à la VHF.

A la plage, nous rencontrons deux équipages français, Hydra et ?, habitués du Venezuela. On échange les nouvelles. Un deuxième voilier français de leur connaissance a été attaqué cette semaine en navigation à proximité de Margarita. Cela reste pourtant leur destination. Ils nous donnent leur avis et plein de conseils sur le Venezuela. Le soir, on mange la moitié de la belle daurade avec Black Pearl, cuisinée à la libanaise... un nouveau régal !

12 septembre

Temps maussade...on pourrait se croire en Bretagne. On sort même les coupe-vent pour les enfants... La nuit a encore été agitée, avec un orage qui n'est pas passé bien loin dans le sud. Cette fois, on a enroulé la chaîne du mouillage autour du mât, débranché les antennes AIS et VHF et coupé les coupe-circuits moteurs et servitude...

Balade avec Black Pearl le long de la Playa Caldera. On salue de loin les garde-côtes, qui n'ont pas l'air de trop s'intéresser à nous. Paysage moins joli que ce qu'on imagine, le ciel gris et les déchets le long de la plage y sont sans doute pour beaucoup.

On récupère la météo grâce à Hydra, météo confirmée par Marco Polo... Nous sommes dans la zone intertropicale de convergence, ce qui explique ce temps instable. Hydra et son bateau-copain quittent le mouillage à midi direction Margarita. Nous attendons la bascule du vent à l'est, ou en tout cas moins ouest pour partir vers les Roques.

13 septembre

Ciel bleu au réveil... le premier en trois jours... ça paraît peut-être énorme en métropole, mais pour nous ce n'est pas trop tôt. Black Pearl nous fait une trentaine de litres d'eau (6 jours d'autonomie de plus, ce n'est pas rien!) Merci et vivement le dessal ! On laisse les enfants sur la plage sous la surveillance de Laurent, on traverse la presqu'île à pied et on nage contre la houle jusqu'à Marco Polo pour récupérer les fichiers gribs. Le départ est donc pour demain ! Au retour on sympathise avec Moskito valiente, bateau espagnol sous pavillon anglais et on retrouve Xavier d'Assinie. On lance l'idée d'un apéro sur la plage au coucher du soleil avec tous les bateaux du mouillage, onze adultes et quatre enfants. Il y a Xavier d'Assinie (français), José et Lourdes de Moskito valiente (espagnols), Angel de Bahia de las islas (espagnol), Nano (français vivant au Venezuela) d'Océane avec deux passagers, Ines (espagole) et son copain autrichien, et Catherine, Laurent, Thomas et Romane de Black Pearl en plus de nous quatre. Ca discute voyage, programme, réglementation maritime française et espagnole... on comprend en partie pourquoi on voit si peu d'espagnols sur l'eau : les droits de navigation hauturière et la réglementation font qu'il faut être riche pour naviguer loin sous pavillon espagnol... on apprend aussi que l'apéro est un concept culturel français... c'est aussi un bon moyen de réunir 6 équipages sur la plage pour faire connaissance. Nous avons proposé de commencer l'apéro à 17h30 (donc 18h au Venezuela) parce que les moustiques attaquent dès la tombée de la nuit. Un peu tôt pour les espagnols qui arrivent en disant qu'ils viennent de déjeuner ! Chacun apporte quelque chose à boire et à manger, et on reste ensemble jusqu'à l'offensive des moustiques, puis chacun regagne son bord pour se mettre à l'abri. D'accord, il n'y a pas que des français au Venezuela, mais pour l'instant, il n'y a que des européens !

Los Roques

15 septembre : Francisquis, Los Roques

Nous avons quitté Tortuga hier après-midi, après une ultime pasta-partie avec Black Pearl. Nos routes devraient se recroiser aux ABC, mais comme toujours en voyage, les programmes peuvent évoluer. Black Pearl part en même temps que nous mais à l'opposé, vers Puerto la Cruz.

Nous quittons le mouillage salués par les espagnols, Angel sort même la corne de brume. Une jeune tortue sort la tête pour nous dire au-revoir. Moskito Valiente doit lui-aussi poursuivre sa route vers les Roques, il est possible qu'on se recroise là-bas.

Le vent se lève peu à peu, on avance à 5-6 nœuds toute la nuit, ce qui serait agréable sans la houle qui vient nous soulever par le travers. Nous naviguons encore tous feux éteints jusqu'à 20 milles d'Orchilla, l'île militaire, où nous trouvons plus sûrs de nous signaler en allumant les feux de navigation. De toute façon, la lune presque pleine éclaire nos voiles et nous devons être visibles à plusieurs milles... On surveille aussi les orages, qui heureusement restent dans le sud. Pendant mon quart, j'entends un drôle de souffle dans l'eau : des dauphins, qui viennent surfer en passant dans le sillage d'Eol avant de repartir. Au petit matin, on voit déjà Gran Roque, l'île la plus haute, et une bande sombre indiquant les autres îles. On se présente à 8h00 devant la passe de Boca el medio : trop tôt avec le soleil encore bas ne permettant pas d'identifier correctement les cayes. Le GPS ici ne sert plus à rien, le décalage avec la carte est trop grand. La houle nous pousse vers les récifs, cette entrée a un petit goût de déjà-vu, on se croirait revenus à Rabat, 9 mois plus tôt... ! Nous renonçons, après avoir bataillé avec les moteurs pour remettre le bateau dans l'axe de la houle. Nous préférons faire une quinzaine de milles de plus vers le nord, dans cette mer forte plutôt que prendre des risques avec les récifs. Nous mouillons finalement en fin de matinée à Francisquis.

16 septembre : Madrisquis

Le groupe nord-est des Roques est pour nous un peu comme un retour à la civilisation : après le désert total de Blanquilla, l'isolement relatif de Tortuga, ici nous sommes dans une zone touristique. Une dizaine de bateaux en vue à Francisquis, sans compter les touristes venezueliens sur la plage qu'une lancha vient rechercher en fin de journée pour les ramener à Gran Roque. Nous avons quitter Francisquis ce matin pour le mouillage de Madrisquis, à peine à plus d'un mille. Là-aussi la plage est occupée par les touristes, mais il n'y a que deux bateaux venezueliens à notre arrivée. Petit plouf pour vérifier l'ancre au milieu des étoiles de mer et des méduses, heureusement inoffensives. Les teintes de l'eau vont du bleu très clair au bleu profond, en passant par toutes les nuances...

18 septembre : Gran Roque

Tous les samedis, un bateau vient approvisionner les magasins de Gran Roque. C'est la seule île habitée de l'archipel, on y trouve également les bureaux des autorités des Roques, l'aéroport (un bien grand mot!) principal, quelques cafés-restaurant, une banque et des posadas qui proposent des chambres à louer. Les rues sont en sable (vite inondées en cas de pluie) et les seuls véhicules à moteur sont quelques camions qui ramassent les poubelles et transportent des matériaux. Dès vendredi, on a assisté à un exode des bateaux vers le mouillage de Gran Roque : tout le monde sait qu'il faut sauter sur les produits frais dès leur arrivée, avant qu'il n'y en ait plus. Nous faisons provision de fruits, légumes, fromage, mais aussi lait, farine, bières, chips... C'est à nouveau l'abondance à bord !

Sur la vingtaine de bateaux présents, il y a surtout des charters venezueliens, des plaisanciers venezueliens, et peut-être six bateaux étrangers, dont quatre français. Nous faisons la connaissance de l'équipage de Galinette, avec deux enfants à bord. Matthieu et Léa sont contents de retrouver si vite des copains après la séparation d'avec Black Pearl. On discute voyage et bateaux, bien sûr, mais aussi petites aventures avec les autorités venezueliennes... Galinette a fait sa clearance à Puerto la Cruz, et donc n'a en théorie plus qu'à payer l'entrée de la réserve des Roques, mais les garde-côtes lui réclament un « zarpe », il manque toujours un papier ! De notre côté, n'étant jamais allés dans un port d'entrée (sur le continent) nous sommes ici illégalement, et ne pouvons en théorie rester qu'une journée en transit. Théorie toujours, puisque nous avons l'exemple de Blue Note qui est resté un mois aux Roques avec l'accord des garde-côtes (et il semblerait un petit cadeau...!). Le commandant des garde-côtes nous explique que lui ne peut pas décider si nous pouvons rester plus longtemps ou pas. Mais il faut quand même passer par les quatre bureaux de Gran Roque (Guardia costa, Inparques, Guardia nacionale et Autoridad unica). Au final, après plusieurs visites dans les différents bureaux, on nous confirme au bout de deux jours que nous devons partir dans les 24h... Le temps de repasser par le supermarché, de consulter nos mails en buvant un verre dans un café donnant sur la plage, et on lève le mouillage direction Sarqui.

20 septembre : Sarqui

Sept petits milles entre Gran Roque et Sarqui. La nuit au mouillage on voit au loin la lueur de Gran Roque, mais le ciel est pur sinon de tout parasite, et nous apprécions tous les quatre le temps calme sur le trampoline le soir à regarder les étoiles. Trois bateaux au mouillage, un ovni (français, donc!), que nous avions croisé à Gran Roque, Galinette et nous. Sarqui est une bande de sable, avec un peu de végétation, et on mouille dans deux mètres d'eau, protégé par une barrière de corail. Après une journée grise et pleine de moustiques, ce matin le temps s'est amélioré et nous allons pouvoir profiter du snorkeling. Hier nous avons vu un poisson-perroquet énorme, qui semblait presque aussi gros que Léa. Les enfants ont vu une raie, et on aperçoit de temps à autre une tortue lever la tête entre les bateaux.

Nous allons à la plage le matin après l'école et l'après-midi après la sieste. Les enfants aident leurs nouveaux copains Lilian et Elsa à construire une cabane avec tout ce qui leur tombe sous la main. Le soir nous mangeons sur Galinette le poisson pêché par Florent. Nous n'avons pas pêché, mais Chimère Rouge, passé au mouillage nous dire bonjour avec Graffiti, nous a donné une belle bonite que nous mangerons demain. Chimère Rouge et Graffiti sont sur la route du retour, la prochaine rencontre sera peut-être dans le Pacifique...

21 septembre : Cayo Remanso (Carenero)

Trois milles de plus vers l'ouest et nous mouillons dans la mangrove à Cayo Remanso. Nous sommes seuls au mouillage. Il faut dire que nous étions un peu déçus hier soir de voir arriver au mouillage un cata venezuelien (et sa musique et ses lumières) et deux motor-yachts... Nous voulions nous croire loin de tout, c'était raté !

22 septembre : Dos Mosquises

Mouillage à moustiques à Carenero. Dans la mangrove, il fallait s'en douter, nous avions donc pris nos précautions et installés les moustiquaires avant le coucher du soleil. Aller à la plage était impensable : le nuage de moustiques nous attendait sur le sable et est passé à l'offensive à l'approche de l'annexe. Le snorkeling avec les enfants était sympa : dans un mètre d'eau environ, ce qui leur permet de reprendre pied de temps en temps dans les zones de sable. Pas mal de coraux cerveaux et leurs petits habitants, des limaces de mer de 50 cm de long (beurk) et des poissons papillons.

Au matin, encore quelques milles, vers le sud-ouest cette fois, et avant midi nous embouquons la passe vers le lagon de Dos Mosquises, avec, comme le conseil le guide nautique les deux (et non pas trois) palmiers de Tres Palmeras au 60° magnétique. En fait la passe est large et bien visible. Nous retrouvons là Galinette avec qui nous avions rendez-vous.

L'après-midi, on visite sur Dos Mosquises la ferme des tortues. Quelques bacs où on voit des tortues de toutes tailles, des bébés de neuf jours aux grandes d'un an qui seront bientôt relâchées. L'île est construite : à part la ferme, il y a un laboratoire de recherches, des logements pour les chercheurs, une cantine, et quelques autres bâtiments, ainsi qu'une cabane de pêcheur. A part les deux gardiens qui nous ont montré les tortues, l'île est cependant vide de tout habitant. A quatre heures, elle s'anime : des barques rapides viennent de Gran Roque déposer des touristes pour une visite éclair. Nous décidons de changer d'île pour aller à la plage : Dos Mosquises Norte (Tres Palmeras) est une vraie île déserte, sans construction, sans personne. Les couleurs sont magnifiques, entre le bleu profond au milieu du mouillage, le turquoise des zones des zones de sable et les jaunes là où le récif s'arrête.

25 septembre : Cayo de Agua

Au nord-ouest de Dos Mosquises, on trouve un archipel formé de quatre petites îles, avec au milieu un lagon où l'on peut mouiller. Il y a là trois bateaux en plus de Galinette et nous. Les îles sont désertes et sans construction. Ici aussi les touristes viennent à West Cay pour la journée en barque rapide avec leurs parasols et leurs glacières, et repartent en fin d'après-midi, mais ils ne viennent pas jusqu'au fond du lagon de Cayo de Agua et nous sommes relativement tranquilles.

Nous sommes mouillés par 2 mètres de fond, à 100 mètres de la plage, et on voit beaucoup de tortues autour du bateau. Le snorkeling est sympa, on voit pas mal de poissons de toutes tailles et des coraux en bon état. Une fois de plus cependant, nous entendons dire que ce n'est rien à côté de ce qu'on voyait il y a encore quelques années. Galinette est venue il y a trois ans, et on trouvait alors des langoustes, des burgots, des poissons partout...

Nous recommençons à compter les litres d'eau, les kilos de farine, de pâtes et de riz. Cela fait quatre semaines que nous avons quitté Grenade, et nous pensons traîner encore une dizaine de jours avant d'arriver à Bonaire, si les stocks le permettent... Heureusement il y a la pêche, qui améliore le quotidien !

26 septembre

Repas sur Galinette hier soir : lambi à la mayonnaise en apéro, puis lambi sauce américaine en plat principal. La sauce est pour beaucoup dans le succès du plat !

Ce matin après l'école, petite balade à terre. Dès qu'on s'approche des trous d'eau, on est assaillis par une nuée de moustiques. Il suffit heureusement de remonter sur les dunes pour que le vent les chasse. Du haut des dunes, on a un beau point de vue sur le mouillage. On repère bien les patates de corail en bordure de plage, et les profondeurs du lagon avec des bleus différents. De l'autre côté de l'île, pas de plage, mais une étendue toute noire de coraux fossilisés. Un peu de snorkeling en bordure de plage en attendant les copains qui terminent l'école. Maintenant que Matthieu et Léa nagent bien, c'est un plaisir de se promener sous l'eau avec eux. On repère une murène, des poissons -papillons, des demoiselles à queue jaune, des sergents majors, pleins de perroquets. Sur le tombant, les coraux sont superbes, coraux-cerveaux, coraux de feu, on voit aussi des anémones, tout un petit monde qui fait penser à un mélange de forêt et de grottes. Le soir, on mange avec Galinette le thazard pêché par Florent, cuisiné à la libanaise par Greg. Mauvaise surprise en ouvrant le riz : il nous en restait un kilo et demi, mais il est infesté de charançons, et irrécupérable. C'est un coup dur, il nous reste donc moins de dix jours de nourriture...

27 septembre

Une demi-heure d'école, puis expédition en annexe à un mille du bateau vers un petit îlot où nichent quantité d'oiseaux, dont deux flamants roses. On fait un peu de snorkeling sur la caye (poissons chirurgiens, sergent majors, gorettes,...) avant d'aller à West Cay, l'île la plus à l'ouest de l'archipel, où se situe le phare (qui bien sûr ne marche pas...). West cay est une toute petite île, reliée à Cayo de Agua par une langue de sable. On peut marcher d'une île à l'autre avec de l'eau jusqu'aux chevilles. Les couleurs sont magnifiques, le paysage est peut-être le plus beau des Roques. A 11h30, tous les jours, quatre ou cinq peñeros viennent déverser leurs touristes, armés de leurs glacières et de leurs parasols. C'est le signal du départ pour nous, et nous retournons à la tranquillité du mouillage, où nous ne sommes plus que trois bateaux, Galinette, un bateau franco-espagnol et nous.

Sur la plage, nous avons fait la connaissance de nos voisins, Jean-Pierre et Sylvia, qui naviguent depuis des années. Ils se souviennent avec regret des années 80 où ils naviguaient sans crainte dans le Golfe de Paria et tout le long de la côte vénézuelienne, alors qu'ils se restreignent aujourd'hui à Puerto la Cruz et aux îles du large (sauf Margarita et les Testigos). A l'époque, c'était la Colombie qui était à éviter...

Las Aves de Barlovento

29 septembre : Isla Sur, Las Aves de Barlovento

30 milles séparent les îles les plus à l'ouest des Roques (Cayo de Agua) de l'archipel des Aves de Barlovento. Navigation au moteur dans la pétole, et sans trace du courant portant annoncé... On arrive en fin d'après-midi, à temps pour entrer à vue dans la passe. Plusieurs mouillages, séparés par des cayes, se succèdent au nord de l'île sud, couverte de mangrove et où nichent des centaines d'oiseaux. On reconnaît les fous bruns, les fous à pattes rouges, les frégates, les sternes, les pélicans, et pour le moment c'est à peu près tout ! Une dizaine de bateaux sont mouillés dans cet archipel complètement inhabité (il y a deux cabanes de pêcheurs sur la plage , vides pour le moment), c'est assez étonnant ! Le matin, nous prenons l'annexe pour une petite balade en bordure de mangrove. Les oiseaux se laissent un peu approcher, nous croisons aussi une dizaine de petites tortues. Nous suivons un petit tunnel sous les palétuviers, là où le courant s'inverse, et posons l'annexe sur une minuscule plage. On suit ensuite un petit sentier puis on trouve de l'autre côté de l'île le monument aux bateaux : un assemblage de galets, planches, coquillages, où les bateaux de passage ont laissé leur nom. Nous retrouvons la trace de plusieurs bateaux connus, et laissons un galet peint avec nos prénoms et le nom d'Eol. Ensuite, nous rejoignons Galinette en snorkeling au milieu de gros coraux-cerveaux.

30 septembre : Dernier mouillage au nord est de Isla Sur

Au réveil, Eol est toujours mouillé entre deux cayes, cette fois-ci au fond du lagon. On accède au mouillage par un joli petit zigzag à vue entre les patates de corail. Les couleurs de l'eau sont incroyables : bleu lagon autour du bateau, bleu outremer là où les fonds descendent, bleu piscine en allant vers la caye, puis vert, jaune avec la remontée des fonds jusqu'aux taches sombres des coraux.

Hier soir, nous nous sommes joints à l'apéro sur la plage, en forme d'auberge espagnole. Six bateaux français étaient présents, sur les neuf bateaux de ce coin du mouillage. (A savoir que sur les neuf bateaux, il y en a sept français, un vénézuelien, et un américain...). Chacun apporte quelque chose, et on s'échange les nouvelles des escales, les programmes, etc... Galinette et nous sommes les deux seuls bateaux avec enfants, autant dire qu'ils ont du succès ! Nous sommes les petits nouveaux du mouillage, et à côté de ces équipages qui naviguent depuis des années, et, retraités, ne pensent pas rentrer de sitôt, nous avons l'impression d'avancer très vite et de passer peu de temps dans chaque endroit. Ils sont assez étonnés de nous entendre dire que dans quelques jours déjà nous quitterons les Aves : « Mais vous venez d'arriver ! »

1er octobre : Isla Oeste

Au réveil, après s'être émerveillés devant le paysage qui nous entoure, on compte les mâts. Un, deux, trois,... dix-sept ! C'est assez incroyable d'être aussi nombreux dans un archipel isolé comme celui-ci. Heureusement l'isla Sur s'étend sur presque deux milles, et les cayes qui la bordent donnent une impression de relief qui isole les différentes zones de mouillage.

Hier, sur la minuscule plage à l'est, nous avons fait la connaissance du bateau le plus éloigné : Kamiros, une famille allemande avec deux enfants de 11 et 7 ans, trilingues, et qui ont voyagé toute leur vie... Ils sont depuis trois semaines aux Aves et n'ont pas l'air pressés de les quitter.

On ne s'ennuie pas ici. Il y a toujours quelques petites choses à faire sur le bateau (un peu de lessive, le pain, les yaourts,...), sans compter l'école et le journal de bord. Puis on a le choix entre un peu de snorkeling, avec ou sans le harpon (poissons-chirurgien, perroquets, demoiselles, pagres, gorettes, et même deux rascasses volantes), une balade en annexe dans la mangrove pour observer les oiseaux et les tortues, ou un petit tour à la plage, où on trouve des coquillages, des os de tortue, et où on construit des cabanes.

En fin de matinée, départ pour Isla Oeste, à trois milles de notre position. On repart en zigzag entre les cayes le long de l'isla Sur. Les autres plaisanciers nous font de grands signes d'adieu. Le mouillage indiqué par le guide nautique est face à la houle : mauvaise option. Nous contournons l'île pour mouiller le long de la côte sous le vent, entre les cayes. Ca y est, nous l'avons notre île déserte, ou presque : au sud de l'île sont mouillés deux lanchas, même si nous ne les voyons pas du mouillage. Puis Galinette nous rejoint et mouille à côté de nous. Le paysage est incroyable : d'abord les différents bleus de l'eau, où tranchent les cayes jaunes et brunes, avec parfois des coraux ou un rocher affleurant, puis une longue bande de sable jaune, bordée de mangrove. Personne en vue, et d'ici on ne voit pas les mâts des plaisanciers de l'isla Sur.

A midi, on mange la petite bonite qu'on a pêchée en route, grillée à la poêle avec un peu de citron, accompagnée de purée et de maïs en boîte. On refait l'inventaire du stock de nourriture : si la pêche est bonne, on pourra peut-être rester encore un peu !

2 octobre

Hier, soirée sur Galinette, où on mange une carangue bleue à l'aïoli, arrosée de pina colada. Nuit un peu agitée, avec le vent qui tourne à l'est-nord-est à 20 nœuds et lève un fort clapot autour des bateaux.

Au matin, les lanchas sont partis, et Galinette et nous avons donc l'île pour nous. Exploration à pied en famille, on fait le tour de la pointe nord et on visite la cabane des pêcheurs. Trois tôles montées sur quelques piquets de bois, un matelas défraîchi posé contre un mur, quelques paquets de pâtes et de haricots moisis, un four bricolé avec du matériel de récupération... pas le grand luxe... mais les paysages sont superbes. Plage en fin de matinée, Elsa de Galinette a organisé une balle aux prisonniers filles contre garçons.

Après la sieste, snorkeling à la pointe ouest. Encore une fois, on constate qu'il n'y a pas tant de poissons que ça, et Florent qui cherche des langoustes revient bredouille. Dernière plage en fin d'après-midi, Sandra partage avec Greg les burgots ramassés sur la plage. Demain, dernier archipel venezuelien...

Las Aves de Sotavento

3 octobre : Isla Palmeras, Las Aves de Sotavento

Eol glisse sur un tapis roulant pour parcourir les 15 milles entre las Aves de Barlovento et Isla Palmeras de las Aves de Sotavento, au portant par 15 nœuds de vent. Nous avons eu la visite d'une dizaine de dauphins, juste avant le doublé de bonites. L'une sera grillée à la poêle pour le déjeuner en arrivant, et l'autre marine au frigo dans un mélange de jus de citron et de gingembre (derniers restes de Grenade!)

Peu de monde sur l'eau : une lancha, un peñero et sur l'archipel il n'y a qu'un motor-yacht à Saki-Saki (île la plus haut nord) en plus de Galinette et nous. Nous avons entendu les garde-côtes discuter avec un pêcheur à la VHF, et on nous a prévenu qu'ils ne laissaient pas toujours les plaisanciers rester dans l'archipel, surtout lorsqu'ils ne sont pas en règle comme nous...Cela peut expliquer pourquoi il y avait une vingtaine de bateaux aux Aves de Barlovento et personne ici. Les paysages sont tout aussi jolis. Pas de mangrove ici, il faut descendre sur Isla Larga où sont les garde-côtes pour en voir. Les îles sont plates, recouvertes de végétation basse. Nous sommes mouillés dans un petit lagon d'eau bleue turquoise, par moins de trois mètres de fond de sable. En arrivant, l'eau était tellement bleue, qu'elle se reflétait sur les nuages, qui paraissaient bleus aussi. Incroyable spectacle !

5 octobre : Curricai

De la plage, il y a deux jours, nous avions vu arriver la guardia costa, et les avions vite rejoints sur les bateaux. Deux hommes sont montés à bord pour le contrôle des passeports et des documents du bateau. Que nous n'ayons pas fait d'entrée officielle au Venezuela n'avait pas l'air de les déranger, leur chef nous a invité à rester le temps que nous voulons sur l'archipel, et nous a même indiqué la plus belle des plages, sous le phare de Saki-Saki, à 3 milles au nord de Isla Palmeras. Les garde-côtes nous ont expliqué que leur réservoir d'eau était contaminé. Si près de retrouver la civilisation et son confort, nous leur avons laissé une partie de notre stock d'eau.

Ce matin, nous avons donc quitté le mouillage pour tester celui de Saki-Saki. Courte navigation au génois, juste le temps de pêcher une nouvelle bonite... Avec 2,8 mètres d'eau au sondeur et au milieu des patates de corail, nous n'avons pas osé nous approcher trop de l'île. Le mouillage en retrait était joli, mais assez rouleur malgré le peu de vent. Après concertation VHF avec Galinette, qui était encore à Isla Palmera, nous mouillons finalement sous le vent de Curricai, petite île avec deux bosquets de cocotiers à l'ombre desquels s'installent quelques pêcheurs pour se reposer. Encore un petit paradis, qui entre dans le top 3 des plus belles îles du Venezuela avec La Banquilla et Isla Oeste des Aves de Barlovento...

Dernière soirée au Venezuela, demain nous partons pour Bonaire et la civilisation... A la lueur de la lune, la plage en face de nous est phosphorescente, et l'eau autour du bateau est tellement claire qu'on distingue les cayes dans la nuit. Autres lueurs tout autour : le carré de Galinette, le phare de Saki-Saki, quelques lueurs venant des deux bateaux arrivés au mouillage de Palmeras ce matin et de la base des garde-côtes sur Isla Larga au sud. Plus étonnante, la lueur de la télévision des pêcheurs sur Curricai... Un groupe électrogène, une parabole, et voilà le monde moderne au milieu de nulle part...

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