Panama


7 décembre : De Santa Marta (Colombie) à Porvenir (San Blas-Panama)

Difficile de remettre un départ lorsqu'il est prévu. Le bateau est prêt, nos passeports et notre zarpe (document de sortie) aussi. Dino, notre agent, nous les a remis la larme à l'oeil, juste déçu de ne pas pouvoir embrasser une dernière fois "Shakira", comme tout le monde appelle ici Léa, parce qu'elle dormait déjà. Il nous a préparé aussi des arepas con queso, spécialité colombienne, que nous mangerons en navigation.

La veille du départ, les conditions de vent ont durcies, on atteint maintenant plus de 30 noeuds en rafale. Les gribs annoncent le même vent pendant deux jours, avec une tendance à la baisse. Les flèches rouges sur le graphique m'impressionnent toujours, mais si on part trop tard, on risque de faire la moitié des 300 milles jusqu'aux San Blas au moteur. C'est décidé, on y va !

Dans la baie à la sortie de la marina, on établit seulement le génois. Les montagnes derrière Santa Marta ont certainement une incidence sur le vent, on préfère ne pas se faire surprendre. Passé le dernier cargo au mouillage, on envoie la grand'voile avec deux ris, et aussitôt le bateau accélère. Le vent s'établit à 25 noeuds, et dans les surventes, Eol surfe à plus de dix noeuds. Greg calculera plus tard qu'en rafale le vent réel atteignait 36 noeuds. Cela pourrait ressembler à notre arrivée à Bonaire, avec deux différences majeures : Nous sommes loin d'arriver, et la mer, au lieu d'être plate, est forte, avec des creux de 3 à 4 mètres. Le ciel est entièrement bleu, sans un nuage, mais la mer autour de nous est blanche d'écume. C'est assez impressionnant. A chaque passage de la houle, Eol pique du nez, il faut dire qu'il est bien chargé, puis surfe et se redresse jusqu'à la vague suivante. Certaines déferlent dans un grondement en arrivant au bateau et inondent le cockpit.

En début d'après-midi le premier jour, nous arrivons à hauteur de Baranquilla, à l'embouchure du Rio Magdalena. Nous avions pu voir en le passant en bus à quel point il est large. L'eau devient d'un coup verte, mêlée de tout ce que le rio charrie à cause des pluies de ces derniers jours, heureusement sans débris importants. Nous sommes à 10 milles de la côte, mais nous pourrions nous croire au milieu de la rivière avec cette couleur de l'eau et cette odeur de sous-bois.

Nous faisons presque 150 milles sur les premières 24 heures. Le vent baisse légèrement, on passe la nuit sous génois seul à 6 noeuds de moyenne avant de remettre toute la grand'voile. En fin d'après-midi le deuxième jour, le fou brun qui nous survolait depuis un moment se pose sur les panneaux solaires. Après un temps d'observation, il entame sa toilette, se soulage sur les panneaux tout neufs, puis cache sa tête sous son aile et s'endort jusqu'au petit matin. Nous voila taxi !

Finalement, nous aurons fait de la voile presque tout le trajet, parcourant les 300 milles en 50 heures. Et il paraît qu'il n'y a pas de vent aux San Blas !

Pan, pan, pan, qui est-là ? (ou le récit d’une famille de terriens en visite chez les marins d’EOL)

Ecrit par Lucie et Yam

Bienvenido a Corazon de Jesus ! Après un atterrissage en douceur grâce aux pneus à plat de notre petit coucou, nous apercevons par le hublot l’équipage au complet d’EOL. Nous sommes tous au rendez-vous malgré l’orage et la pluie… mais, on ne nous avait pas promis du soleil et la fin de la saison des pluies ?

Nous voilà à bord avec notre paquetage, l’invasion débute…

Après un an et demi, les retrouvailles sont très appréciées et valaient bien les quelques heures de vol. Les eaux boueuses du Rio Diablo n’ont pas découragé deux dauphins venus saluer notre arrivée.

La pluie s’arrête et nous levons déjà les voiles pour une première étape à Green Island. Les enfants écoutent le règlement du bord préparé par Matthieu et Léa.

Le temps pour le soleil de faire sa première apparition et pour nous de faire nos premiers pas à bord. Les enfants jouent ensemble, donnant l’impression de s’être quittés la veille.



Les étapes s’égrèneront ensuite pendant le séjour, le long des îles aux noms évocateurs : Barbecue Island,  Hollandes Cays, Lemon Cays, Nargana. Ici aux San Blas ou Kuna Yala comme préfèrent les indiens, une multitude d’archipels, chapelets d’îlots coraliens, habités ou non, aux noms de Barbapapa : Banedup, Sibadup, Miriadup, Tiadup, Barbadup …

La saison des pluies traine encore ici (les San Blas, la Bretagne des Caraïbes ?). Mais tout cela est vite oublié : la pluie sous les tropiques, ce n’est pas la même chose. Les paysages sont superbes, les indiens sympathiques (on a importé quelques Molas sans barbes achetés aux indiens pacifiques aux yeux lumineux) ; les fonds marins sont magnifiques (coraux, poissons, langoustes,  miam…),  et même un sapin de Noël égaré parmi les cocotiers (« Feliz Navidad, muchachos. Ola Cabalero !»).





Nous découvrons la vie à bord : spa régénérant dans la mer des caraïbes, snorkeling pour les courageux, exploration d’îles sauvages, contact avec les indigènes Kunas en slip (eux, pas nous !),  pêche à la langouste (un intermédiaire est parfois nécessaire …), concours de consommation d’eau douce pour la vaisselle (record : moins de 2 litres pour 8 couverts), cérémonies des ouvertures/fermeture de frigo, préparation du pain quotidien,  records de consommation de rhum (oups), jeté de rapala (mais pourquoi font-ils cela ?), appréciations sur la tenue de l’ancre : dérapera ou dérapera pas sur la caye ?

Les enfants n’ont jamais le temps de jouer … à cause de parents trop pressés de découvrir les merveilles des rivages. Chacun aura l’occasion de vivre sa petite aventure : César affrontera une langouste rebelle à la cuisson le jour où il venait de surmonter sa phobie des crabes, Zélie se jette masque et tuba dans la mer, Lucie se baigne juste après le passage de deux gros barracudas, et Yam plonge avec son premier requin.



On découvre Matthieu et Léa grandis et très débrouillards, à l’aise dans l’eau comme à bord. La vie en mer épanouit petits et grands ! Nos grands aventuriers sont tous bronzés, ravis de leur nouvelle vie.

Bref, notre séjour à bord a laissé à chacun de beaux souvenirs. Nous sommes ravis d’avoir pu le temps de quelques jours partager la vie de nos gitans des mers. Nous encourageons tous les terriens à venir vite les voir : l’accueil est excellent !  Ah, le plaisir des retrouvailles sous les tropiques…

Le départ n’était pas si facile, sniff, mais nous reviendrons vous voir.


Merci nos amis (accueillants jusqu’au blog).

23 décembre : au pays des indiens pacifiques aux yeux lumineux (César)

Une semaine avant l'arrivée des Meuniers, nous faisons notre entrée à Porvenir, avant de parcourir les 30 milles jusqu'à Nargana par saut de puce d'îles en îles, la plupart inhabitées. Nous voici dans les San Blas, ou plutôt en Kuna Yala, les indiens kunas ayant obtenu une autonomie relative au sein de Panama. La nuit, tout est plongé dans le noir : pas d'éléctricité, bien sûr. Quel contraste avec Nargana-Yandup : lampadaires dans les rues en terre battue, antennes satellites au-dessus de chaque toit. Le dimanche 11, nous sommes comme prévus prêts à 6h30 du matin à aller en annexe chercher la famille Meunier. L'aérordome est en fait une simple piste qui fait toute la largeur d'une petite île. Avec une heure de retard, le petit avion fait une boucle au-dessus du bateau et atterrit enfin. A cause des orages, il a même bien failli ne pas venir jusqu'ici !

La vie au pays des kunas est un vrai dépaysement... Contrairement à ce que nous avions pu lire sur les blogs, les kunas sont assez désintéressés, et pas insistants. Ils viennent nous voir au mouillage ou à terre pour nous proposer des langoustes, du poisson ou des molas, ces tissus brodés qui sont portés traditionnellement par les femmes. Si nous refusons, ils partent en souriant, quitte à revenir le lendemain. Tous ou presque parlent espagnol, les femmes peut-être un peu moins que les hommes. Elles sont souvent habillées du costume traditionnel, très coloré, avec des bijoux jusque sur les mollets. Les hommes peuvent être en jeans et tee-shirt, parfois même en slip dans leur pirogue. Matthieu se sent chez lui ! Les pirogues sont creusées dans des troncs, un travail qui semble incroyable ! La plupart prennent l'eau, et on voit souvent les kunas naviguer à deux, l'un qui pagaye, l'autre qui écope... Certaines sont plus courtes et ont une ou deux petites voiles. Nous sommes toujours étonnés de les voir si bien remonter au vent. D'autres sont motorisées, et sont semble-t-il partagées au sein d'un village, mais la plupart ne sont propulsées qu'à la force des bras.

Pendant deux semaines, nous avons pu découvrir une petite partie des 365 îles avec la famille Meunier, de Nargana-Yandup à Lemon Cayes, en passant par les Eastern Lemon Cayes, les Hollandes Cayes et Green Island. Les noms des îles sont sur les cartes en anglais (BBQ Island), ou en espagnol (Corazon de Jesus), mais les kunas utilisent leurs propres noms. Nous sommes ainsi passés trois ou quatre fois par Banedup, Tiadup, et Miriadup, dans quatre archipels différents ! Certaines îles sont désertes, d'autres abritent une ou deux maisons ou encore un village entier. On en fait le tour en quelques minutes, même pour les plus grandes. Les îles habitées sont entretenues : les algues et déchets apportés par la mer sont balayés régulièrement, les noix de coco sont ramassées, et les palmes brûlées. Autour des maisons, les kunas ont planté des bananiers. Sur les rives des îles inhabitées, qui ne sont nettoyées que de temps en temps (mais qui appartiennent toutes à une famille kuna) on mesure l'importance de la pollution par les matières plastiques : bouteilles, bidons, sacs, chaussures, assiettes et couverts plastiques s'empilent sur la plage, rapportés par la houle.

Entre deux plages, on profite de la baignade autour du bateau ou du sorkelling. Les coraux sont colorés et de toutes sortes, on voit pleins de poissons colorés, des beaux grégoires, des demoiselles sombres ou à queue jaune, des gorettes, des hachettes, des perroquets, des bourses graffitis, des rascasses volantes (espèce indonésienne qui envahit peu à peu la mer des caraïbes, et que nous avions déjà rencontrée au Venezuela). En plongeant sur le tombant, Yam et Greg ont croisé une raie léopard et deux fois un requin dormeur. Sous le bateau, nous avions vu en arrivant aux San Blas un rémora, poisson pilote qui ressemble à un requin sur le dos. Aux Hollandes Cayes, nous avons assisté au mouillage à la séance de chasse de deux barracudas de belle taille, avant de voir passer un autre requin dormeur. Un quart d'heure plus tard, Zélie, Léa et Matthieu se baignaient autour du bateau sans aucune appréhension ! Au grand désespoir de César au début du séjour, on trouve plein de crabes sur les îles, des tout petits que Léa prend dans ses mains aux crabes à grosses pinces bleues qui disparaissent dans le sable à notre approche. Puis un beau jour, César chausse ses sandales et rejoint  sa soeur et ses copains dans l'eau. Le même jour, il saute de la jupe du bateau, et il faut insister pour qu'il porte ses brassards ! Plus impressionnantes que les crabes, les langoustes. Faute de les pêcher nous même, on les achète aux pêcheurs Kunas. A l'approche de la cocotte d'eau bouillante, elles claquent leur nageoire caudale à grand bruit (mouvement natatoire pour s'enfuir, nous apprendra Yam... merci Wikipedia !). L'une d'elles arrive même à prendre appui sur la cocotte et à sauter dans le carré, aux pieds de César, à peine remis de sa peur des crabes ! Après en avoir dégusté quelques unes au court bouillon avec une mayonnaise, on teste la recette de Jacqueline de Iaka, retrouvé en même temps que Fanou à Eastern Lemon Cayes : coupées en deux et grillées à l'huile d'olive à la poêle avec de l'ail et du piment... Un délice ! Notre seule variante : on les ébouillante pour les tuer avant de les couper, c'est quand même plus facile !

L'avitaillement dans les îles est assez aléatoire. A part le poisson et les langoustes, on peut acheter des noix de coco, parfois du pain, quelques bananes. On peut aussi parfois trouver des bières ou du coca frais, et même des "pipas", cocos fraîchement cueillies pour en boire le jus. Pour le reste, il faut avoir de la chance et venir au bon endroit au bon moment. Heureusement, Lucie est devenue le maître-boulanger du bord, avec option mayonnaise, et Yam préfère le titre de maître-langoustier. Pendant ce temps, Greg et moi essayons de pêcher, mais sans succès... En deux semaines, deux rapalas perdus, une bonite qui s'échappe et c'est tout !

Nos visiteurs se sont vite faits à la vie à bord, peu active mais tranquille. Le mauvais temps de la première semaine (beaucoup de pluie, on a récupéré des litres et des litres d'eau douce pour la vaisselle) ne nous a pas empêché de sortir, puis enfin le soleil est revenu ainsi que la chaleur. La famille Meunier s'est habituée très vite à nos petites manies : l'angoisse du robinet qui coule, la psychose de la lampe allumée, la névrose de la conservation du froid. Ils ont assisté sans trop se moquer à la cérémonie d'ouverture du frigo (tout un rituel !). En échange, nous n'avons rien dit pour les apéros-malarone... Les enfants ont trouvé leur place, César assumant le rôle de chef-mécanicien, démarrant et arrêtant les moteurs du "gros bateau". Zélie, elle, était responsable de l'amarrage de l'annexe. Tout cela fait avec beaucoup de sérieux. Pendant les manoeuvres, silence religieux à bord, surtout quand le mouillage ne tient pas. Tout l'équipage a dû se demander pourquoi nous nous y sommes repris à trois fois pour mouiller à Eastern Lemon Cayes, jusqu'au lendemain où par 30 noeuds de vent nous avons vu une belle goélette déraper et passer la nuit à changer de mouillage...


Les navigations se sont passées sans souci, avec de bonnes conditions de vent. La plus longue a été le retour de Lemon Cayes à Nargana sur environ 20 milles, qui s'est faite au près, par 15 à 20 noeuds de vent et jusqu'à deux mètres cinquante de houle. Tout le monde dans le cockpit et Henri Dès à fond, avant de retrouver un début de civilisation à Nargana. A Nargana, on part en annexe dans le rio Diablo. On avait juste négligé la taille de la vague qui déferle sur les hauts-fonds : annexe inondée, et on entre à la pagaie dans le rio dans vingt centimètres d'eau. Promenade dans la mangrove, on observe les échassiers et on veille aux caymans, juste au cas où. On croise des kunas en pirogue et même une famille qui se lave dans le rio. Au retour, on a choisi un autre passage pour quitter le rio et retourner dans la zone de mouillage. Mauvaise pioche, le fond de l'annexe s'envase, il faut dire qu'à huit, nous faisons un peu boat-people, et le tirant d'eau de l'annexe a bien augmenté ! Il faut mettre les pieds dans la vase, tirer, pousser, avant de retrouver un peu d'eau et de flotter à nouveau. Plus tard dans l'après-midi, nous verrons trois pirogues kunas envasées aussi. Ca n'arrive pas qu'aux touristes !





Le 23 décembre, après deux semaines d'exploration à huit, nous déposons la famille Meunier sur la piste de Usdup, où un petit coucou à hélices vient les chercher pour les ramener à Panama City. Petit coup de blues pour tout le monde, le bateau va nous paraître bien grand. Rendez-vous dans le Pacifique...

26 décembre : Noël à Coco Bandero...


Il y a pire pour se consoler de n'être plus que quatre à bord .. Après un dernier tour à Nargana pour racheter quelques légumes, nous avons filé jusqu'à Coco Bandero, petit archipel composé de quatre îles dont une seule est habitée. Le mouillage est très rouleur, car la houle de ces derniers jours arrive à passer la barrière de corail. Même au mouillage, il faut parfois se tenir pour ne pas perdre l'équilibre, mais le cadre est joli.

A peine arrivés, nous déclinons l'invitation des italiens à partager leur réveillon de noël : comme tous les ans, huit bateaux italiens se retrouvent à Coco Bandero pour un barbecue sur la plage. C'est tentant, mais nous préférons un repas tranquille au bateau. Au menu, foie gras de Maïté, potschevlesh de Pierrot, poivrons marinés et crêpes aux saucisses. Tout ça dans le cockpit, avec un ti-punch pour le grands, un jus de citron pour les petits... Tout le monde se régale. Les enfants tombent de sommeil mais se lèvent à l'aube pour ouvrir leurs cadeaux. Cette année particulièrement, le Père Noël les a gâtés !




Nous passons le jour de Noël à monter les légos, faire du pain pour finir le foie gras et nous promener sur Tiadup, l'île habitée et Olosicuidup, où on se baigne en pensant au froid de l'hiver en métropole...!
On y rencontre Amadeo, sa femme et son fils Virgilio, venus passés comme tous les ans leurs vacances aux San Blas où leur bateau les attend. Parcours sportif sur la plage pour les trois enfants avant de retourner au bateau.  Pour le repas de Noël, c'est reste de potsch et frites, les enfants sont à la fête, avant un plateau télé le soir où on regarde Cars 2 en famille. Joyeux Noël tout le monde !

Après Coco Bandero, nous sommes repassés quelques jours au mouillage de BBQ island (Isla Tortuga de son vrai nom) avant de continuer vers l'ouest, au mouillage de Waisaladup, toujours dans les Holandes Cayes. Le mouillage est superbe et tranquille. Nous nous promenons sur les deux îles, Waisaladup, bien entretenue, qui abrite un petit village et Acuakargana, déserte, qui a été défrichée récemment. Les grandes fougères et toute la végétation au sol a été brûlée, et les cocotiers ont maintenant de la place pour pousser. Nous faisons la connaissance de Jean-Claude, qui vient tous les ans passer six mois aux San Blas. Il nous indique les meilleurs coins pour snorkeler et pour chasser, mais nous venons d'acheter deux belles langoustes aux kunas. On a perfectionné la recette de Jacqueline : après une cuisson au court-bouillon, on les fait revenir dans l'huile d'olive à l'ail et aux piments avant de les flamberau au whisky. Les enfants s'en lèchent les doigts... ! Au fait, depuis le départ des Meuniers, les poissons remordent : un beau pagre à queue jaune entre Coco Bandero et BBQ Island...

1er janvier 2012 : Nouvel an entre Nuinudup et Banedup

Dernière navigation de l'année entre les Holandes Cayes et Eastern Lemon Cayes. Grand voile haute, génois en ciseaux dans près de 20 noeuds de vent, juste une petite houle puisque nous sommes protégés par les îles, et on arrive pleine balle au mouillage de Eastern Lemon Cayes, où on espère trouver quelque chose pour le réveillon. Jean-Claude rencontré au dernier mouillage nous a dit qu'à Chichime, les kunas allaient tuer un cochon, mais le mouillage d'Eastern Lemon Cayes nous attire plus. On repère vite Fanou avec sa coque jaune, Christophe est revenu depuis quelques jours. Les autres français, Yaka et Tangerine Dream sont partis, mais il y a une dizaine de bateaux au mouillage, ainsi que des tentes pour des backpackers sur trois des quatre îles.
On débarque sur Banedup, où nous étions venus à plusieurs reprises avec la famille Meunier, et où Anicio, le chef de l'île, a l'air de nous reconnaître et nous accueille gentiment. Il nous dit que ce soir ce sera la "fiesta", d'après lui, ça va même danser. Pourtant, la soirée approche, et rien ne bouge sur les autres bateaux. Comme dans les autres mouillages, personne ne descend à terre, bizarre... Finalement, nous sommes allés boire un verre avec Christophe de Fanou sur Banedup, en compagnie de quelques kunas, avant de fêter le nouvel an ensemble sur Eol, à discuter bateaux, voyages, etc... jusque tard dans la nuit.  Au matin, c'est atelier frites avec les enfants. La conche d'Anicio retentit dans le mouillage pour annoncer le pain tout chaud, on ira sans doute faire un tour sur son île dans l'après-midi, avant de partir demain pour Chichime. Feliz año nuevo !

4 janvier : Dernière soirée aux San Blas

Après avoir dit au-revoir à Christophe de Fanou, nous sommes enfin allés voir Chichime dont tout le monde dit du bien. La passe est bien visible (rouleaux à babord, épave à tribord...) et dans le lagon on mouille par 10 mètres de fond entre les deux îles. Une pirogue nous rend visite, c'est Venancio, à qui nous avions acheté des molas dans les Lemon Cayes. Il est un peu déçu de voir que nous n'avons pas de nouveaux amis à bord à qui il pourrait en vendre d'autres... Le charter amateur est bien développé dans les San Blas, les kunas le savent. Un autre kuna en pirogue passe un peu après pour nous demander de charger son téléphone portable. Pas de chance, c'est une prise pour du 110V, nous ne pouvons rien pour lui. C'est courant ici : Digicel a développé son réseau et certains kunas ont un téléphone, mais pas toujours l'électricité !

Chichime est un joli archipel, avec une belle plage de sable fin sur Uchutupu Dummat, la plus grande des deux îles. Les deux îles sont habitées, il y a bien une quinzaine de maisons en tout. Nous essayons de faire un snorkeling, au milieu de beaux coraux, mais le courant est trop fort pour être confortable.
Cinq semaines après le départ de Colombie, dont deux semaines à huit personnes, nous sommes sur les derniers stocks, le riz, les pâtes, les haricots, la farine, on arrive au bout des réserves, et il est temps de prendre la direction de Colon. Un saut de puce jusqu'à Porvenir pour demander notre zarpe, qui nous permet de changer de zone de navigation. Là encore, une épave marque l'entrée du mouillage. Celle-ci est toute récente, nous ne l'avions pas vue en arrivant début décembre. On en profite pour acheter quelques bricoles sur l'île de Wichubhuala, en face de Porvenir. C'est une île très peuplée, assez différente de Nargana, les maisons ici sont très proches les unes des autres, laissant un passage étroit entre elles. Elles sont toutes en bambous et en palmes de coco, avec parfois un ajout de tôles et même de tuiles. Il y a une école, plusieurs tiendas et un centre biblique. Nous sommes arrivés au mouillage peu après un paquebot de croisière, dont heureusement les passagers ne sont pas tous descendus, l'île aurait été surpeuplée ! Nous avons  retrouvé au mouillage Lacaraba, qui part aussi demain pour Colon.

8 janvier : De Porvenir à Colon

Nous partons de bonne heure de Porvenir, après une nuit agitée dans ce mouillage rouleur. Nous sommes au portant par un peu plus de 20 noeuds de vent, et la houle de travers de trois mètres nous secoue et soulève les estomacs jusqu'au bout de cette première navigation. Nous pensions nous arrêter au mouillage face à Green Turtle Marina, mouillage décrit dans le guide nautique comme étant un abri par tout temps, mais la houle de nord qui nous a accompagnés rend l'entrée dans la baie périlleuse : on voit les vagues rouler jusqu'à la plage sans distinguer de passe, très peu pour nous ! Nous allongeons la trace d'une dizaine de milles pour aller passer la nuit face à Isla Grande, lieu de villégiature des panaméens. Au dîner, poisson à la malaisienne, avec les trois bonites pêchées dans la journée. Soit dit en passant, cela fait cinq poissons pêchés en dix jours depuis le départ de la famille Meunier !
Nous sommes totalement dépaysés à Isla Grande. Après les îles coralliennes, toutes plates, et où ne poussent que des cocotiers, quelques bananiers et des palétuviers dans les zones à mangrove, le relief et la végétation de l'île et du continent tout proche nous changent beaucoup ! Isla Grande est une jolie île, où alternent hôtels et maisons particulières de luxe et simples cabanes. Après une promenade le long de la côte, nous mangeons dans une comida (de la viande et du poulet, enfin !) avant de relever le mouillage pour aller un tout petit plus loin, à Isla Linton. 


Isla Linton est une île privée mais inhabitée, qui semble avoir été utilisée autrefois par des chercheurs, mais la seule maison de l'île est en ruine, la végétation a repris le dessus, et nous n'osons pas nous aventurer dans cette jungle, seulement suivre le rivage. Notre guide nautique mentionne des singes, et Léa est toute déçue de ne pas en voir, quand tout à coup une forme poilue jaillit des buissons et grimpe en un éclair sur le cocotier au-dessus de nous. Deux autres singes rejoignent le premier, et ne semblent pas aussi amicaux que le guide nous le laissait croire. Nous reculons, les pieds déjà dans l'eau, un peu pris au piège. Vite on rebrousse chemin, longeant la végétation, à quelques mètres des singes, qui nous suivent au pas de course. L'un d'eux nous double, grimpe dans un arbre et se penche vers nous en montrant les dents. Plutôt effrayant ! Lorsque nous rejoignons enfin l'annexe, Matthieu est à la limite de la panique, et nous ne traînons pas pour quitter l'île. Nous ferons les photos depuis l'annexe, sans trop se rapprocher... En retournant vers Eol, nous sommes interpellés par un bateau américain, qui nous demande si nous avons vu les singes. Lorsque nous expliquons notre petite aventure, ils sont plutôt étonnés : Hier encore, un singe est venu s'asseoir à la plage sur les genoux des plaisanciers...
Après Isla Linton, nous faisons une halte à Portobello. Petite mésaventure en navigation, qui heureusement a bien tourné : Sur un empannage qui aurait du se passer tout en douceur, la poulie du point d'écoute explose, et la grand-voile s'envole. On joue au lasso pour essayer de rattraper la bôme et la stabiliser afin d'affaler, et nous finissons la navigation sous génois seul. Heureusement, nous avons une poulie de rechange, et cela nous confirme qu'il faudra inspecter minutieusement le bateau avant la prochaine traversée océanique, plusieurs pièces d'accastillage montrant quelques signes de faiblesse. La baie de Portobello est très large et très belle, entre des collines boisées, avec un joli village et des fortifications datant de la grande époque des corsaires et des galions espagnols. Pourtant nous ne nous y attardons pas, nous sommes pressés maintenant d'arriver à Colon pour caréner et commencer les formalités de transit du canal.
Peut-être dernière navigation dans l'Atlantique de Portobello à Colon, et nous franchissons les brise-lames à l'entrée de la baie de Colon en fin de matinée et nous mettons à quai à la marina de Shelter Bay. Grand luxe (le prix est en conséquence !) avec piscine, mini-market, shipchandler,... On a juste oublié de nous dire lorsque nous avons réservé en novembre par mail que demain est un jour férié, et que par conséquent nous ne sortirions pas avant mardi. De quoi profiter de la piscine !

19 janvier : en chantier

Pas de chance au grattage... Sortie d'eau la semaine dernière de bonne heure, six gars s'activent autour de la coque, spatules, karcher, puis... test : un coup de grattoir, et verdict : la belle peinture antifouling posée il y a à peine 16 mois ne résiste pas... il va falloir tout gratter avant d'appliquer le nouvel antifouling. C'est là qu'on trouve que finalement le bateau est trop grand... Nous sommes dans une marina américaine, ici on se veut "environment friendly", donc nos copeaux de peinture par terre font désordre. On nous conseille un produit chimique qui partira au tout-à-l'égout, c'est certainement moins voyant, peut-être pas moins polluant ! 


Petit air de Port-Leucate, où nous avions caréné la dernière fois : ici encore, il se trouvera quelqu'un pour vous donner a "free advice". Tout le monde peut avoir un avis sur tout...


Pendant ce temps, les enfants jouent dans la marina. La semaine dernière, il y avait une vraie tribu de français, 8 enfants dans la piscine. Depuis, les bateaux vont et viennent, tout le monde ici est en route dans un sens ou dans l'autre, pour passer le canal ou remonter sur la mer des caraïbes. Les enfants jouent tous les jours avec Adrien de Lacaraba. De notre côté, on gratte, on ponce, on peint, et on attend le matériel qui nous fait défaut et n'est pas toujours disponible... 

Petite pause mardi pour fêter l'anniversaire de Léa : apéro tapas, quiche lorraine "avec les doigts" (il paraît que c'est meilleur) et cinq bougies sur une tarte aux fraises. Nous étions aux canaries, de l'autre côté de l'atlantique pour ses quatre ans...


Ce midi, nous poserons nos pinceaux pour deux jours pour aller faire les handliners sur Lacaraba : chaque voilier qui transite doit disposer de cinq adultes à bord, en plus de l'advisor fourni par la compagnie du canal, afin de pouvoir manipuler les aussières aux quatre coins du bateau dans les écluses. Nous voila embauchés, une bonne occasion de voir de près ce qui nous attend.

26 janvier : presque presque de l'autre côté...

Quelques changements depuis la semaine dernière : ayant accompagné Lacaraba pendant son transit, nous savons un peu mieux ce qui nous attend dans les écluses. Le transit s'est passé sans problème, à couple avec un autre voilier, et nous stressons un peu moins sur les remous.
De retour à Shelter Bay, nous avons remis Eol à l'eau. Nouvel antifouling, hélices grattées, pourvu que ça tienne ! Comme le dit un broker de notre connaissance, 7000 milles entre deux carénages, ce n'est pas si mal... Autre changement, ça y est, j'ai pris un an de plus. Evidemment, ce sont les enfants qui ont choisi le dessert...!

Côté transit, les choses avancent aussi. Nous avons notre date de passage : ce sera ce dimanche, sous réserve de confirmation par l'ACP (Autoridad de Canal de Panama) bien sûr... Transiter en voilier par le canal demande une certaine dose de patience, un paquet de dollars, avant même d'avoir quitté la marina et mis le contrôle de son stress à l'épreuve !
Pour la partie patience, elle est liée à la démarche elle-même : que l'on passe par un agent ou que l'on fasse les formalités soi-même, il y a plusieurs étapes à respecter, avec à chaque fois un délai entre elles.

La première étape est la mesure. On prend rendez-vous avec un mesureur, qui vient mesurer le bateau avec son décamètre, longueur et largeur hors-tout, sans se fier aux documents officiels. Il paraît que certains bateaux grandissent ainsi d'un coup de plusieurs pieds ! A savoir que dans la catégorie petits bateaux (c'est à dire moins de 125 pieds,  qui regroupent les voiliers, il y a deux sous-catégorie, les moins de 50 pieds et les plus de 50 pieds, et le prix n'est pas le même). Pour nous, pas trop de surprise, à une décimale près. Le mesureur pose aussi plein de questions sur l'équipement du bateau, radar, émetteur AIS, témoin de barre, réservoir eaux noires, taquets,... (oui, non, non, non, oui) et vitesse au moteur. Il paraît qu'il faut dire 8 noeuds, que ce soit vrai ou non. Nous avons pris le parti de ne pas mentir, après en avoir discuté avec un des deux advisors qui a accompagné Lacaraba. Nous faisons du 6, pas du 8. Après tergiversations, notre mesureur a quand même écrit 7 noeuds sur notre formulaire, allez comprendre !

La deuxième étape est le paiement à la City Bank, en espèces. Se promener dans Colon avec une grosse somme d'argent en liquide n'étant pas recommandé, j'étais bien contente d'être accompagnée de Tito, notre agent, qui est venu me chercher en taxi et m'a emmenée jusque dans la banque.

Troisième étape, la prise de rendez-vous avec le canal scheduler. Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il reste encore à confirmer la veille puis le matin même par téléphone et l'après-midi par VHF, une annulation de dernière minute par l'ACP étant toujours possible...

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