Galapagos

Traversée vers les Galapagos

3ème jour

Position à 6h locales (11h UTC) le 12 mars : 004° 55' 8332 N 082° 15' 8888 W

Cap au 245, vitesse 6 nœuds.

Nous avons quitté San José avant-hier matin en direction des Galapagos, et Eol a avalé les milles sans effort jusqu'à hier midi. 178 milles sur les premières 24 heures, avec un surf à près de 14 nœuds et une bonne moyenne toute la nuit, en profitant des courants favorables de la Punta Mala. Au matin du deuxième jour, la mer et le vent montent, on prend deux ris dans la grand'voile avec une pointe de vent apparent à 41 nœuds, ça secoue sur le trampoline ! Puis comme prévu dans les fichiers gribs, le vent baisse, la mer se calme et le bateau ralentit. On finit par affaler la grand'voile devenue inutile dans la pétole, avant de pouvoir la renvoyer dans la nuit. Nous parcourons un peu moins de 130 milles sur les 24 heures suivantes. Les Galapagos sont encore loin, nous avons le temps de prendre un rythme tranquille.

Peu de monde sur l'eau, quelques cargos la première nuit, qui se sont bien gentiment déroutés pour nous, et un cargo à l’arrêt au matin au milieu de nulle part, qui nous a obligé a lofer. Des dauphins au matin... Pas encore de poisson, et nous avons attaqué le stock de boîtes, mais la ligne est à l'eau !

5ème jour

Position à 8h locales (13h UTC) le 14 mars : 003° 19' 9538 N 084° 52' 9157 W

Cap au 233, vitesse 5,88 nœuds.

Les périodes de calmes sont devenues fréquentes ces deux derniers jours, au point qu'il y a deux nuits nous avons amené les voiles et nous sommes laissés dériver, portés vers l'ouest par le courant, parcourant à peine 75 milles sur la journée. Après deux heures de moteur hier matin, nous avons vu les nuages s'accumuler en même temps que le vent se levait. En fin d'après-midi, il a à nouveau baissé, mais en basculant au sud-sud ouest. Nous voici donc au près, par 15 nœuds de vent, croisant les doigts pour que le vent se maintienne aujourd'hui, et pour améliorer nos moyennes. 100 milles seulement sur les dernières 24 heures, et les Galapagos sont encore à 380 milles devant nous. Selon le vent, il nous reste entre 3 et 5 jours de navigation. Le rythme est pris, les nuits de quart sont tranquilles, et les journées se passent à lire, jouer, faire un peu d'école et attendre le poisson...

6ème jour

Position à 15h locales (20h UTC) le 15 mars : 001° 46' 072 N 086° 27' 5630 W

Cap au 227, vitesse 6,91 nœuds.

Dérive totale cette nuit en l'absence de vent, nous avons parcouru 3 milles et demi en quatre heures, puis petit miracle, le vent s'est levé et Eol a filé toute la matinée vers les Galapagos à 8 nœuds de moyenne par 15 à 20 nœuds de vent, au près dans une mer plate, avant qu'on ne se décide a réduire un peu pour ménager le gréement.

Quelques visites dans ce désert océanique : un banc de poissons volants dérangés par notre sillage, une mouette surfant sur un bout de planche, de nouveau des dauphins, très grands et tachetés de blanc, venus jouer devant les étraves, et un espadon qui a mordu à la ligne, qu'on a imaginé un instant remonter à bord avant qu'il ne s'enfuie avec le rapala et le bas de ligne...

Côté confort, rien à voir avec la transat, à part de brefs moments où la houle nous malmène et où tout vole dans le bateau, les allures sont plutôt confortables. Les enfants jouent, Matthieu tente d'apprendre à lire à Léa, on fait notre pain, notre aïoli, on se cuisine des petits plats avec le frais qu'il nous reste et même des frites de plantain et des beignets de fromage colombiens. Malgré les passages nuageux, le bilan électrique est bon, suffisant pour faire tourner le déssalinisateur sur les panneaux solaires, un vrai confort !

Les Galapagos se rapprochent, malgré les petits 85 milles parcourus sur les dernières 24 heures, la bonne moyenne de la journée nous place cet après-midi à 240 milles de San Cristobal, et on commence à faire des calculs d'ETA. Ce sera ce dimanche ou lundi, en fonction des calmes de la nuit.

8ème jour

Position à 8h locales (13h UTC) le 17 mars : 000° 36' 32 S 089° 16' 97 W

Cap au 231, vitesse 4,61 nœuds.

Les bonnes moyennes de ces derniers jours nous placent ce matin à moins de 6 milles du nord de San Cristobal, dont on voit les sommets se découper sur la mer. L'arrivée est donc prévue pour ce midi. Quatre otaries sont déjà venues nous saluer, signe que nous ne sommes pas loin. Il nous reste a prévenir notre agent qui se charge de notre autografo, permis de croisière obligatoire si on veut visiter plusieurs îles.

Opération bateau propre pour faire bonne impression auprès des autorités qui monteront à bord, il paraît que les services sanitaires peuvent se montrer un peu tatillons et n'apprécient pas les fruits et légumes trop mûrs ainsi que les petits moucherons qui leur tournent autour... Nous croiserons les doigts pour que le gecko qui vit à bord depuis Colon ne se montre pas !

Hier en début de soirée, nous franchissions l'équateur, l'occasion de faire une petite fête avec les enfants et de donner un cours de géographie. Comme il y a de quoi faire, il semble que ce sera la matière la plus étudiée pour nos prochaines semaines dans les Galapagos !

Bilan de la navigation

856 milles parcourus entre San José (Las Perlas, Panama) et Puerto Baquerizo Moreno (San Cristobal, Galapagos), en 7 jours et 4 heures, dont seulement 6 heures de moteur ! Cette navigation aura été l'une de nos meilleures, avec des conditions assez exceptionnelles, mer calme à peu agitée presque tout le trajet, avec une houle longue, et un bateau en super forme, qui file dès qu'il y a du vent, et reste efficace dans les calmes, aidé il est vrai par le courant. Tout ça malgré la charge de l'avitaillement qui doit nous permettre de vivre jusqu'aux Marquises. Il faut dire que nous avons travaillé la répartition de poids, reculant tout au maximum, au point que les cabines arrières ont été transformées en celliers... Il semble aussi que le grattage intensif à Shelter Bay lors du carénage n'ait pas été inutile !

Côté pêche, il nous reste quelques progrès à faire, deux touches, dont un espadon qui ne sera pas resté longtemps au bout de la ligne, mais pas un poisson à bord... On se rattrape en cuisinant de bons petits plats, dans ces conditions de mer, avec le bateau qui file parfois au près à 8-10noeuds comme sur des rails, pas de problème pour faire de la friture !

Deux visites de dauphins, beaucoup d'oiseaux, mais peu de bateaux, seulement quelques cargos la première nuit, avant de nous retrouver seuls sur ce bout d'océan. Les nuits ont été calmes, éclairées par la lune décroissante, on a pu voir la Croix du Sud monter peu à peu dans le ciel à mesure que nous descendions vers l'hémisphère sud. On s'habitue à voir la Grande Ourse de travers, ainsi que toutes les constellations familières qui nous obligent à pencher la tête pour les reconnaître. Au passage de l'équateur, petite fête avec les enfants, on a fait du chemin depuis le départ...

Enfin, l'arrivée, aux jumelles on compte les mâts, une vingtaine de voiliers au moins, plus de gros bateaux à moteurs pour promener les touristes sur les îles, et des otaries partout. Les formalités d'entrée se font en partie à bord, avec inspection rapide du bateau par les services sanitaires, (on nous confisque une pomme un peu trop mûre...) et à terre pour l'immigration. Puerto Baquerizo Moreno est une vraie ville, 6000 habitants environ, et probablement autant d'otaries ! Nous nous donnons une dizaine de jours pour découvrir San Cristobal, plus de nouvelles et des photos bientôt...

28 mars : Puerto Baquerizo Moreno (San Cristobal)

10 jours de découverte à travers San Cristobal.

Puerto Baquerizo Moreno

Véritable ville, murs en dur et toits en tôle, et pas mal de bâtiments en construction sur les hauteurs. Le Malécon, promenade du bord de mer, a été aménagé avec des trottoirs très larges, des bancs partout, mais squattés par les otaries, des fontaines, des plantes, des parcs de jeux pour enfants et quelques bouts de plage, eux aussi squattés par les otaries ! Les enfants se sont déjà faits chasser des balançoires par une otarie, et il arrive aussi que le toboggan ne soit pas libre... Au marché on trouve pas mal de légumes et fruits, et les tiendas permettent de compléter l'avitaillement fait à Panama. La ville est plutôt agréable, on descend à terre en water-taxi  pour ne pas risquer de voir l'annexe occupée par une ou plusieurs otaries. La nuit, on place des pare-battages et tout ce qu'on trouve en travers du passage pour qu'elles ne viennent pas dormir dans le cockpit, elles se contentent alors seulement des jupes du bateau...

 

 

 

Punta Carola

La plage préférée de Matthieu pour les belles vagues qui permettent de faire du body-board. Beaucoup de surfeurs, d'otaries, de tortues marines et d'iguanes, quatre espèces très nombreuses sur l'île ! Nous y sommes allés trois fois, en famille, mais aussi avec les équipages de Namani, Topaze et Victoria, les enfants font des concours dans les vagues, difficile de les déloger !

La Loberia

La plus belle plage d'après l'un de nos chauffeurs de taxi. A quelques kilomètres de Puerto Baquerizo Moreno, on y accède par un petit sentier fréquenté par les iguanes, bordé de pierres volcaniques, témoins de l'origine de l'île, et c'est là que Léa a joué à cache-cache avec une jeune otarie.  

Las Tirejetas

Un petit sentier aménagé dans la végétation à partir du centre d'interprétation amène à un beau point de vue sur l'île, puis à une petite baie où Charles Darwin aurait débarqué à son arrivée à San Cristobal. Dans cette baie, on fait un beau snorkelling avec les otaries et les tortues dans une eau bleue turquoise bordé de roches noires.

 
El Junco

Le volcan de l'île, dont le cratère effondré est rempli d'eau douce, fréquenté par les frégates.

La Galapaguera semi-natural

Centre d'élevage de tortues terrestres, les fameuses tortues Galapagos géantes, élevées en semi-captivité pour les protéger des rats, des chats et autres prédateurs jusqu'à l'âge adulte. On y croise quelques spécimens âgés de plus de 100 ans ainsi que des bébés nés dans l'année.

Progresso

Pueblo historique, où l'on trouve la tombe de Cobos, qui exploita avec cruauté les prisonniers qui constituaient la main d’œuvre de la plantation de canne à sucre, et finit assassiné.

La Soledad

hameau du bout de la route, avec un autre point de vue sur l'île. Une belle balade avec les enfants, à chercher les arbres fruitiers (privés, hélas ! propriétés des fincas, les exploitations agricoles du centre de l'île)

Puerto Chino

Plage de sable blanc très fin, avec un mirador où nichent les fous à pattes bleues. A nouveau de belles vagues pour les enfants ! On y arrive après un tour des autres sites en taxi avec Namani.

Leon Dormidos

Belles plongées bouteille et snorkelling de Greg et Christophe de Topaze à Léon Dormidos, au milieu des requins (marteau, pointe blanche et galapagos), des tortues, des otaries, des raies-aigles, des iguanes... Greg est prêt à tout pour attirer les requins, même s'ouvrir la main à 20 mètres de profondeur pour les appâter, avec remontée en urgence à la surface, puis séance points de suture sur Topaze avec un ti-punch (pas pour l'anesthésie, mais pour s'en remettre) !

30 mars : De San Cristobal à Isabela

Une dernière matinée à Puerto Baquerizo Moreno, où on profite encore une fois de la présence des otaries pendant que les enfants filent dans les jeux avec Tosca et Gabrielle de Topaze. On mange tous ensemble dans un petit resto local. Notre premier choix n'est pas possible, malgré la carte qui affiche des tas de choses, la serveuse nous dit qu'elle ne peut rien y préparer ce midi. Nous ne nous attardons pas dans le deuxième, les prix sont un peu trop touristiques... Le troisième sera le bon, du local, du vrai, avec menu unique, soupe au poisson puis côte de porc ou bœuf. Pas de bière, ni de coca, ni même d'eau, ils n'ont plus rien, sauf un jus de corrosol. La soupe est étonnamment bonne, la viande moyenne, mais dévorée quand même comme nous sommes déjà en manque, et le prix défie toute concurrence, 3 $ le menu ! Dans un autre café, un dernier magnum (chocolate intenso...) puis nous disons au-revoir à l'équipage de Topaze, prochaine rencontre peut-être sur la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie est encore loin ! Enfin, nous récupérons notre zarpe et nos documents auprès de Bolivar Pesantes notre agent et relevons le mouillage. Un petit tour pour saluer Nana, Marckus et Nicky de Namani. Malgré la différence de langue, nous avons passé de bons moments, et les enfants se sont très vite compris par gestes. Rendez-vous peut-être plus loin...



Nous partons sous grand'voile et génois, optimistes malgré la pluie, mais sans vent il faut vite remettre un moteur... San Cristobal s'éloigne peu à peu. On dépasse Santa Fé (Barrington), l'une des îles décrites par Bernard Moitessier comme un petit paradis... Une autre époque où la réglementation était moins stricte, les îles ouvertes aux plaisanciers, et la pêche à la tortue une activité comme une autre...

Les lumières de Puerto Ayora sur Santa Cruz nous accompagnent un moment, puis c'est le noir. La nav est tranquille, au moteur, et au lever du jour on passe au nord de Tortuga, petite île en forme de croissant de lune (c'est en fait un cratère de volcan immergé). Puerto Villamil est caché dans la brume, il faut être très près pour réussir à lire le paysage et trouver l'entrée. Au mouillage, cinq bateaux, dont le Yes et Talabao, ça nous change du monde de San Cristobal !

10 avril : Isabela, 1ère partie

Voici une dizaine de jours que nous sommes à Isabela, au mouillage de Puerto Villamil. Hier, nous avons vu partir Talabao, direction les Marquises, puis le Yes, cap sur les Gambiers. Une bonne semaine de jeux sur la plage ou sur les bateaux pour les enfants et d'apéros ou de pause café-petits gâteaux pour les grands. Rendez-vous peut-être quelque part en Polynésie...

Dépaysement à Isabela, très différente de San Cristobal. L'île est plus jeune (moins d'un million d'années contre cinq pour San Cristobal), avec plus de relief (1700 mètres quand même) des volcans encore actifs, et bien moins d'activité touristique. Le mouillage est plus sauvage, coincé entre les cayes et les Tintoreras, îlots peuplés de pélicans, de fous à pattes bleues, de pingouins et d'otaries. Moins d'otaries qu'à San Cristobal, même s'il arrive encore d'en trouver sur les jupes du bateau au matin, et qu'il est possible de nager avec elles autour du bateau. La ville enfin est plus petite, Puerto Villamil a la taille d'un bourg rural, avec ses rues de sables et sa circulation très faible. Quelques hôtels et restaurants, beaucoup de petites tiendas, certaines presque invisibles, qui semblent tenues dans les salons des maisons. Il faut en faire quatre ou cinq à chaque fois qu'on chercher quelque chose de frais, comme des œufs, du jambon ou des légumes. Nous avons renoncé à manger de la viande, presque introuvable et de toute façon trop chère. Heureusement que nous avons quelques conserves de Panama, nous nous sommes régalés l'autre soir d'un bœuf bourguignon maison...


La côte de l'île est sèche, pierres volcaniques et cactus, de loin en loin des marais et de la mangrove où on peut observer pleins d'oiseaux et des iguanes marins. Le plus étonnant, au-delà du nombre d'animaux présents où que l'on aille, est de se dire qu'une bonne partie de ces espèces sont endémiques, ce qui rend leur protection d'autant plus nécessaire. Dès qu'on s'éloigne de la côte, et qu'on monte un peu en altitude, le climat et la végétation changent : plus humide, moins hostile. L'île est rurale, l'agriculture y tient une place importante.

 

Au centre des tortues, auquel on accède après une jolie promenade au-dessus des marais, on constate qu'effectivement les tortues ne sont pas les mêmes sur les îles, ni même d'un volcan de l'île à l'autre. Certaines ont une carapace bombée, d'autres écrasées, d'autres allongées, chacune étant adaptée au mode de vie de la tortue et à sa façon de se nourrir... incroyable !

 


La marche jusqu'au Mur des Larmes permet de rencontrer d'autres tortues, cette fois en liberté, et mène jusqu'au témoignage d'un épisode peu glorieux de l'histoire d'Isabela, du temps où l'île était une colonie pénitentiaire, où l'on brisait les détenus en leur faisant construire un grand mur inutile en pierre de lave. De là, plusieurs miradors permettent d'avoir une vue panoramique sur l'intérieur de l'île et quelques îles voisines. Il fait chaud et ça monte, la plage au retour est bien méritée !

15 avril : Isabela, 2ème partie


Nous continuons de profiter du calme du mouillage pour alterner visite de l'île et petits travaux sur le bateau, ainsi que bricolage pour les enfants. Les cloches ne venant pas jusqu'ici, nous avons essayé de faire nous-même nos œufs (Léa a proposé que maman et papa « fassent les cloches » pour les cacher...) !

Nous nous joignons à l'équipage de Jason qui a réservé une lancha pour une visite aux Tuneles. C'est d'abord une virée à toute allure, propulsés par 280 chevaux (Matthieu a fait le calcul), nous franchissons les 25 milles en moins d'une heure. Premier arrêt à Roca Union, rocher posé au large de la côte, au milieu de nulle part, où viennent nicher des fous masqués et des otaries. Los Tuneles sont une formation géologique, des coulées de lave dans la mer qui ont formé des ponts, des tunnels, un véritable labyrinthe. Les palétuviers et même quelques cactus ont réussi à coloniser cet environnement hostile, donnant une touche verte à tout ce noir. Partout, on voit des crabes,des otaries, des fous, des pinsons, des pingouins,...



En lancha, nous tournons autour de raies géantes, plusieurs mètres d'envergure ! Ensuite, on nous emmène un peu plus loin pour faire du snorkelling. Les enfants sont très à l'aise pour se faufiler en apnée sous la roche. On croise une raie, de gros poissons-perroquets, des demoiselles, des civelles multicolores, puis une tortue, puis deux, puis trois... bientôt nous nageons au-dessus d'un banc de tortues vertes des Galapagos. Elles sont énormes, plus grandes que les enfants !

Après la côte, nous décidons de rentrer un peu dans l'île. Nous prenons un taxi, qui nous emmène jusqu'à Cueva de Sucre, située sur les hauteurs. C'est une grotte naturelle, formée elle-aussi par des coulées de lave. Sur le sentier qui y mène, nous ramassons des kilos de maracuja. Le maracuja n'est pas une plante endémique, mais pousse naturellement comme une mauvaise herbe. Il y en a partout !  Nous sommes à quelques centaines de mètres en altitude, et la végétation a changé : ici tout est vert et humide (nous sommes sous la pluie), les fougères, les mousses recouvrent tout.

Nous redescendons ensuite vers Campo Duro, jardin privé et restaurant, où nous mangeons du poulet rôti (un festin pour nous!) et avons l'autorisation du propriétaire de ramasser tous les fruits que nous voulons. Le jardin est bien entretenu, c'est un plaisir de s'y promener. Nous revenons avec d'autres maracujas, des mangues, une papaye, des citrons, des bananes, des oranges, des kakis,... L'occasion de faire des confitures...

Enfin, dernière étape de notre randonnée, le Mirador del mango, qui donne un beau point de vue sur le sud d'Isabela. Le mouillage est loin tout en bas !

Nous louons aussi des vélos pour retourner au Mur des Larmes, avec retour par la Playa del Amor, zone de nidification des iguanes marins. Première expédition VTT pour Matthieu, dans la boue, le sable et les graviers. Les montées sont parfois difficiles, mais il maîtrise bien les descentes, malgré les trous, les bosses et les ravines ! Léa, elle, se laisse porter et fait la conversation en montée comme en descente !

Le reste du temps, nous retournons en balade au centre des tortues, nous allons à la plage, nageons autour du bateau, observons les oiseaux, les otaries et les pingouins sur les îles Tintoreras toutes proches. Encore quelques jours et il sera temps de quitter Isabela pour Santa Cruz.

22 avril : Pendant ce temps, à Santa Cruz...

Changement de décor, après une horrible navigation d'une nuit, contre le vent, le courant et la houle et dans une mer désordonnée, nous voici à Santa Cruz. Le mouillage est encore plus rouleur qu'on ne l'imaginait, à cause nous a-t-on dit d'un séisme qui s'est produit il y a quelques jours au Chili.

Quelques péripéties avant d'arriver à Santa Cruz...


Quelques jours avant le départ, nous sommes partis en randonnée avec un groupe, pour une marche de 16 km autour du volcan Sierra Negra et dans le cratère du volcan Chico. Avec les pluies importantes des derniers jours, le sentier montant au Sierra Negra est par endroit inondé, des flaques de boue barrent le passage, c'est assez sportif et humide. Enfin, parvenus au sommet, on surplombe le deuxième plus vaste cratère du monde, dont la dernière éruption date de 2005, on distingue des fumeroles qui se confondent avec les nuages bas qui passent autour de nous. Ensuite, descente dans le volcan Chico, le paysage est spectaculaire, un paysage lunaire, fait de roches noires avec quelques touches de rouge, peu de végétation, mais des tunnels de lave, des gouffres et des zones étonnamment chaudes. Comme tous les jours à la même heure semble-t-il, la pluie arrive, et nous sommes en quelques minutes trempés et frigorifiés, il faut dire que nous sommes à plus de mille mètres d'altitude ! Seul bémol de cette belle randonnée, après un picnic rapide, il nous faut redescendre presque en courant derrière le guide et deux personnes du groupe qui ont planifié une autre activité dans l'après-midi... Ah, ces gens qui ne prennent pas le temps de voyager ! Malgré tout, les enfants auront bien marché, Léa en partie portée sur les épaules, mais Matthieu a fait seul ses seize kilomètres dans des conditions pas toujours faciles !

Nous profitons des derniers jours pour aller snorkeler à Concha de Perla, au bout d'un sentier tracé dans la mangrove. Là nous voyons des napoléons, sorte de poissons-perroquets avec une bosse sur le front, des demoiselles par dizaines, des sergents-majors à rayures bleues et grises, des étoiles de mer bleu fluo, et une belle raie-léopard que nous suivons sur quelques mètres. Nous retournons aussi admirer les iguanes de mer à Playa del Amor, petit bassin protégé de la houle par une barrière rocheuse.

Enfin, nous demandons notre zarpe pour Santa Cruz, et ce qui devait être une simple formalité devient vite une embrouille... Notre agent à San Cristobal a notre plan de voyage avec les dates de nos déplacements, son représentant à Isabela n'a qu'à le répéter au capitaine de port. Pourquoi ne pouvons-nous pas le faire nous-même, c'est un mystère, mais cela aurait évité que l'agent local ne donne la mauvaise destination et ne nous fasse établir un zarpe international pour les Marquises... Le capitaine de port est formel, lorsqu'on est sorti du « système » (comprendre la base de données informatique qui leur permet de suivre les déplacements des bateaux étrangers), on ne peut plus y entrer, sauf à repayer les formalités d'entrée... Le représentant de l'agent nous suggère alors de partir pour les Marquises ! Il faut faire un petit scandale pour lui faire comprendre que c'est inacceptable. Finalement tout s'arrange à notre arrivée à Santa Cruz, il semble que nous allons pouvoir rester jusqu'à la fin de notre autografo (permis de croisière), soit jusqu'au 5 mai.

Quelques rencontres...


A Isabela nous croisons un groupe de français sur un bateau charter. L'un d'eux est déjà venu une 1ère fois il y a quarante ans, et une autre il y a 20 ans...Il y a 20 ans, il fallait payer 1000 dollars par jour pour venir avec son propre bateau, et nous avons entendu dire que l’Équateur allait peut-être y revenir...Avant de partir, nous rencontrons aussi une famille française qui a adopté un autre mode de transport : le camping-car ! L'Amérique du Sud en camion aménagé, voilà un autre projet qui fait rêver... Nous recroisons Magalie, Damien et Matthis à Santa Cruz avant leur départ, et passons ensemble un bon moment à parler destinations, mais aussi mode de vie, confort à bord, navigation. Beaucoup de points communs dans ces deux façons de voyager !

27 avril : Santa Cruz toujours

Les nombreux panneaux « Zone Wi-fi » sont trompeurs, et les connexions plutôt difficiles en ce moment, le blog n'est donc pas facile à mettre à jour.
La houle s'est calmée, le mouillage est redevenu vivable, et nous prenons le temps de découvrir Santa Cruz peu à peu, tout en profitant de la présence des bateaux-copains de passage. Nous retrouvons ainsi Rapanui, qui fait un stop de 72 heures en route pour les Marquises, et rencontrons Wakamé, qui partira ce week-end sur les Gambiers. Le monde des bateaux de voyage est tout petit, et presque tous les bateaux que nous croisons depuis quelques temps ont, à un moment ou à un autre, rencontré un bateau qu'on connaît... On s'échange les nouvelles des uns et des autres, les derniers radio-pontons, on se donne rendez-vous à l'escale suivante...

Nous sommes depuis une semaine maintenant à Puerto Ayora, ville principale de Santa Cruz, et plus grosse ville des Galapagos. Des bateaux, du monde, des voitures, des rues, du bruit, il faut beaucoup d'imagination pour retrouver le décor de My Father's Island (Johanna Angermeyer, à lire pour découvrir la vie des pionniers des Galapagos), qui m'avait fait rêver avant d'arriver... Pas de déception cependant, d'abord parce que c'est un parti-pris, ensuite parce qu'on tombe quand même vite sous le charme de cette ville à taille humaine, où les Galapagueños flânent le soir sur le Malécon, jouent au volley et mangent le midi l'almuerzo dans les petites échoppes du centre-ville. Beaucoup moins de faune ici que sur les deux autres îles, on regrette un peu les nombreuses otaries de San Cristobal ou les pingouins d'Isabela. Ici, on croise quelques otaries à l'embarcadère ou au marché aux poissons où elles viennent quémander quelques morceaux aux pêcheurs et assurer le spectacle.  Les côtes de Santa Cruz sont très belles, et toute la végétation qui s'étend derrière Puerto Ayora donne envie de découvrir l'intérieur.



Le centre des tortues ici est encore différent des deux autres. Pas de tortues en liberté sur les chemins comme à San Cristobal, mais pas d'enclos non plus comme à Isabela, un compromis : c'est le chemin des visiteurs qui est dans un enclos et nous promène entre les différentes zones où vivent les tortues. Nous voyons aussi nos premiers iguanes terrestres, espèces fortement menacée.

Nous partons avec un picnic en expédition à Bahia Tortuga, à quelques kilomètres à pied de Puerto Ayora. Il fait très chaud sur le chemin qui coupe à travers les cactus géants jusqu'à une première plage de sable blanc, immense, fréquentée par les surfeurs. On la suit jusqu'à une deuxième plage plus petite, bien plus protégée, et encadrée par la mangrove. On y observe de nombreux oiseaux, des iguanes marins, quelques tortues, aperçues de loin, et une raie. Le paysage est magnifique et mérite les efforts pour y parvenir.

En compagnie de Rapanui et d'une partie des Wakamé, nous allons jusqu'à Las Grietas. On se fait déposer en taxi aquatico au bout de la baie, face à l'ancienne maison de Gus Angermeyer, transformée en hôtel, puis on suit un sentier à travers les lagunes. Las Grietas sont une petite avancée de la mer entre deux falaises rocheuses. Les falaises surplombent l'eau à plus de 10 mètres, ce qui n'effraient pas les plus téméraires qui sautent dans un couloir large de quelques mètres de large seulement ! La fissure entre les falaises se prolonge d'une cinquantaine de mètres jusqu'à un deuxième bassin, puis un autre et semble continuer ainsi sur des kilomètres jusqu'à la mer !

1er mai : Derniers jours à Santa Cruz

Nous approchons de la fin de notre autografo, le permis de croisière, et il faut penser à se remettre en route... Nous avons pris le temps de visiter Santa Cruz, aussi bien les côtes que l'intérieur de l'île,  il ne nous reste que quelques préparatifs (contrôles divers sur le bateau, dernière lessive, plein de gaz, de frais, dernier tour au marché de Miraflores pour le plein de fruits et légumes,...) et un peu de temps pour découvrir ce que nous ne connaissons pas, et retourner une dernière fois dans les endroits qui nous ont bien plu...

Dimanche matin, nous nous faisons déposer par un taxi dans la partie haute de l'île, puis nous marchons sur un sentier vers les sommets du Puntudo et de Media Luna, en pleine nature. La vue est magnifique, on domine toute la baie de Puerto Ayora. Il faut imaginer les habitants des hauteurs, exploitants agricoles, qui guettaient de là l'arrivée des quelques rares bateaux au temps des colons... Après un bon picnic, au milieu des miconia (plante endémique), nous redescendons sur le village de Bellavista, lieu de rendez-vous dominical des habitants de Santa Cruz, avec encore un tournoi de volley.  L'ambiance est bon enfant, le bar est sur la place du village, face à une église en pierre de lave, ça discute, ça rit, et nous sommes quelques rares touristes au milieu des locaux...

En discutant avec Hector, notre chauffeur de taxi, nous convenons d'un autre parcours. Ce mardi, il nous emmène à Los Gemellos, deux cratères jumeaux datant de la formation de l'île (quelques millions d'années quand même...) Nous traversons pour y aller le seul bois de Scalesia de l'archipel, c'est un arbre endémique des Galapagos, qui joue un rôle primordial dans la conservation de l'eau de pluie dans le sol. Puis nous nous rendons à l'hacienda Las Primicias, propriété privée où se promènent librement quelques tortues. Nous sommes en période de ponte, et les femelles sont toutes montées dans la partie plus sèche de l'île, mais nous voyons quelques jeunettes de 30 ans, et trois mâles de 30, 100 et peut-être plus de 150 ans pour le plus grand... Les tortues sont en liberté, dans leur milieu naturel, c'est magique ! Ensuite, notre taxi nous dépose devant un des nombreux tunnels de lave de l'île. Nous descendons sous terre, par endroit le tunnel fait peut-être 5 mètres de circonférence, à d'autres il faut ramper pour continuer, et nous ressortons 350 mètres plus loin, plein de boue à cause des infiltrations, une petite aventure pour les enfants !

Au mouillage, nous faisons la connaissance de Perséides, bateau canadien avec une petite Léa de 7 ans... Ensemble, nous retournons pour la 3ème fois nous baigner à las Grietas (on ne s'en lasse pas ! ), nous nous promenons dans Puerto Ayora et mangeons le soir dans une rue très animée du centre-ville, où les restaurants occupent la rue avec des tables partout... Hamburgers-frites pour les enfants, plats de viande ou de poulet avec plantains et crudités pour les grands, on fait des réserves avant la navigation à venir ! Avant le départ de Perséïdes, nous retournons tous ensemble à la belle plage de Bahia Tortuga. Les iguanes marins se prélassent en grappe au soleil, les pélicans aussi se laissent approcher, et au pied des palétuviers, une jeune otarie curieuse vient se baigner autour des enfants puis joue dans l'eau avec Greg et Mitch...
De retour à Puerto Ayora nous croisons Irene, notre agent sur Santa Cruz, qui règle avec nous les dernières formalités de sortie avec beaucoup d'efficacité. Nous avons vraiment apprécié le travail de Bolivar Pesantes pour notre autografo, tout s'est passé facilement et sans surprise, si on excepte le couac d'Isabela, vite arrangé par Irene...

Ce matin (4 mai), Perséïdes est parti, remplacé depuis hier par Céramaje, que nous avions quitté à Grenade, il y a 8 mois et 1800 milles  à vol d'oiseau !
Avant le départ, il ne nous reste plus qu'à retourner au centre des tortues faire un dernier coucou à la tortue dénommée Georges le Solitaire, dernier représentant de son espèce de l'île de Pinta, qui attend depuis plus de 40 ans qu'on lui trouve de la compagnie... Puis marché et rangement du bateau, et nous nous mettrons en route demain pour les Marquises après avoir bien profité de cette escale aux Galapagos.

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