Marquises

Le bonheur est dans le … mouillage

Par quoi commencer ? 


Le paysage magique, irréel au lever du soleil des sommets d'Hiva Oa illuminés qui plongent dans la mer ? L'odeur de terre mouillée à l'approche des îles pour nos nez saturés de sel ? La voix de Valérie de Rapa Nui à la VHF, dont le bateau est juste devant nous à 2 heures de l'arrivée ? Le sourire de Léa de Perséides, à côté de nous, à l'entrée de la baie des traîtres ? Notre arrivée groupée à trois bateaux, alors que nous nous sommes quittés 3 à 4 semaines plus tôt, à 5500 km de là, ou bien les retrouvailles avec tous les bateaux qu'on connaît, déjà mouillés dans la baie, le Yes, Talabao, et tous les autres déjà croisés sur d'autres mers... Bien sûr, il en manque, on a raté Samba, Topaze, Namani, Black Pearl, plus loin dans l'archipel, mais c'est super d'avoir des copains qui nous attendent un pamplemousse géant dans chaque main, après une longue traversée. On oublie la fatigue des quarts, l'énervement de l'atterrissage, le stress du petit matin, où dans le noir on devine la masse imposante des îles, à seulement quelques milles, et où on craint l'erreur GPS...Quel contraste avec la transat, où à plus de 60 milles, les lueurs des agglomérations de la Martinique, Ste Lucie et la Barbade éclairaient les nuages... Ici, la nuit, il fait nuit !



La journée passe comme dans un rêve. Arrivée aux premières lueurs du jour, après une nuit passée sous génois seul, enroulé pour ne laisser qu'un mouchoir de poche de façon à ne pas arriver trop tôt, malgré les 25 nœuds de vent. On réalise alors ce qu'on vient de faire : on a traversé le Pacifique ! Matthieu et Léa, (presque) 7 et 5 ans, ont déjà deux transocéaniques à leur actif ! (Les 2 en pyjama pour Matthieu...) Petit déjeuner à base de fruits (merci les copains, quel accueil!) avant de partir à pied pour le village d'Atuona, à 4 km du mouillage, repas de sandwich-baguettes (de vraies baguettes, enfin!) et journée passée à raconter les uns et les autres nos traversées, et tout ce qu'on a à découvrir ici.
Le mouillage est grandiose, encaissé entre les falaises, avec au fond une plage de sable noir où se jette une rivière. Baignade déconseillée, la baie est fréquentée par les requins pointe blanche et pointe noire... mais il y a tellement d'autres choses à faire et à voir. Ça y est, on est en Polynésie !




PS : Merci à tous pour vos commentaires ! Merci d'avoir joué, et dommage pour les perdants... Vous pouvez toujours prendre un billet d'avion, on vous dira si on est toujours là ou pas ! Le plus proche est Jean-Michel, à 4 heures près. Il a aussi été le premier à avoir osé donner son pronostic, quelques jours jours seulement après notre départ, quel talent ! Dis-nous à quelle date tu arrives !
Pour nous, l'arrivée signifie aussi la fin du suspens : nous avions trois questions sans réponse.
1/ qui est le président de la République ?
2/ qui est champion de France de foot ?
3/ qui sont les 23 sélectionnés pour l'euro ?
Merci Internet, pour toutes Tes réponses !
Maintenant, nous allons enfin pouvoir dormir tranquillement, il paraît que tout va aller mieux...

2 juin 2012 : Hiva Oa, Baie de Tahauku – Et au milieu coule une rivière...


Le temps a passé vite depuis notre arrivée au mouillage. Il nous semble que c'est hier seulement que nous avons aperçu pour la première fois les reliefs d'Hiva Oa au petit matin, après notre traversée. Et pourtant, les journées ont été bien remplies ! Il y a au mouillage toute une communauté de francophones, avec une majorité de français, que nous connaissions déjà pour la plupart pour les avoir croisés aux Galapagos, à Panama, ou même côté Caraïbes. Il y a là Talabao, Le Yes, Rapa Nui, Perséides II, Reine Marguerite, puis après quelques jours nous sommes rejoints par Céramaje, Visiteur, Jotys,... On profite des conseils de ceux qui sont là depuis plus longtemps, où faire ses courses, où se promener, ...

Le Yes emmène tout le groupe en expédition le long de la rivière, à la recherche d'un pétroglyphe dans la forêt, ainsi que de ruines de sites sacrés, puis une autre fois le long d'un sentier jusqu'à une petite crique où nous pique-niquons tous ensemble. Les enfants sont ravis, ils ont eux aussi leur groupe de copains, pour se promener, pêcher sur la digue, ou jouer à la plage. 



Matthieu a pu fêter son anniversaire au bord de la rivière, avec les copains, les bougies, les cadeaux, le bonheur, quoi ! Seul bémol, la houle du sud qui depuis quelques jours rentre dans la baie, rend le mouillage inconfortable, d'autant qu'il y a maintenant peut-être un peu trop de bateaux... Il est temps d'aller découvrir d'autres mouillages. 

Nous n'avons pas beaucoup visité Hiva Oa, seulement le village d'Atuona, où se trouvent les tombes de Jacques Brel et de Paul Gauguin, ainsi que Jojo, l'avion de Jacques Brel. Il faudra donc qu'on revienne !

8 juin : Tahuata – Baie de Hana Moenoa : L'auberge espagnole

Il y a presque un an et quelques 5000 milles à vol d'oiseau, à Grenade, nous voyions partir Samba avec un petit pincement au coeur. Des routes et des timing différents faisaient qu'un rendez-vous sur d'autres mers était très hypothétique. Et finalement, c'est dans le joli mouillage d'Hana Moenoa que nous avons réussi à les rattraper, dans leur descente vers les Tuamotus.

Pour les enfants c'est le paradis : ils retrouvent leurs grands copains Sam et Luke dans un mouillage avec plage de sable blanc et eau claire, et peuvent reprendre leurs jeux (et toutes leurs lectures !) là où ils les avaient laissés, comme s'il n'y avait pas eu d'interruption. Samba est toujours pour eux le bateau-livre, qu'ils fréquentent comme une bibliothèque !

Pour nous aussi c'est un plaisir de retrouver Mel et Pete, de reprendre nos discussions et de prendre des nouvelles de tous les bateaux que nous avons croisés les uns et les autres sur la route pour venir jusqu'ici.

Nous sommes rejoints au mouillage par Perséides et l'échange culturel se poursuit avec les “maudits cousins” québécois. Ca parle français partout, mais avec des accents différents ! Les deux Léa jouent dans la cabane en palmes de cocotiers sur la plage pendant que les garçons font des bateaux en noix de coco dans les vagues. 



Le débarquement en annexe sur la plage peut être sportif, et nous avons eu une petite mésaventure avec un départ au plus mauvais moment de la plage, et l'annexe qui se retourne sur un rouleau plus haut qu'elle. Les enfants et moi sommes passés dessous et Greg à l'extérieur a reçu le moteur sur la main et la tête. Quelques contusions et coupures pour les adultes, mais les enfants sont sortis indemnes du roulé-boulé heureusement, et, après un bon nettoyage, le moteur hors-bord redémarre malgré son bain de sel...


Nous passons quelques jours au mouillage à nous régaler du spectacle des raies mantas qui viennent tourner autour des bateaux au petit matin. Nous échangeons des lunettes et des casquettes contre des pamplemousses, papayes et citrons avec la famille venue récolter le coprah derrière la plage, puis partons avec Samba au village de Vaihatu faire un peu d'avitaillement.

9 juin : Tahuata – Baie de Vaitahu

Moins de deux milles entre les deux baies, et nous voici en compagnie de Samba face à l'un des cinq villages de Tahuata. Après la baie de Hana Moenoa où il n'y a pas de maison, pas de routes, juste une cabane et un jardin, c'est le retour à la civilisation ! Deux magasins bien achalandés (sauf peut-être en légumes, qui viennent d'Hiva Oa), une mairie, une poste, une très jolie église en pierre et en bois, une école primaire. Après quelques courses, nous nous promenons dans la ville puis montons jusqu'au calvaire admirer la vue sur la baie.  Une autre balade nous emmène assez haut vers le village d'Hapatoni. Au sommet, nous renonçons à descendre dans la vallée d'Hapatoni à cause du dénivelé,  mais nous rencontrons une famille qui exploite la banane séchée. Ils nous en offrent gentiment, ainsi que de l'eau, et discutent un moment. Ils nous expliquent qu'ils préfèrent vivre un peu isolés, à quelques kilomètres des deux villages et de leur agitation (300 habitants environ...) !


Autre débarquement sportif : à cause du ressac, il faut débarquer tout le petit monde à terre, et le dernier vient à la nage après avoir mouillé l'annexe un peu plus loin... pas trop de problème en journée, à part pour les méduses, mais les enfants du village déconseillent la baignade de nuit à cause des requins !


Au village de Vaitahu, les gens sont gentils, et très accueillants. Tous disent bonjour, nous indiquent quelles mangues ramasser sur le bord de la route, on nous offre encore des fruits, pamplemousses, bananes, papayes, mangues, fruits de l'arbre à pain, oranges, ... Le bateau commence à ressembler à un véritable jardin fruitier avec le régime de bananes qui pend dans le cockpit et les fruits partout sur les bancs ! Les enfants après l'école jouent avec les nôtres, foot pour les garçons, rondes ou cueillette de fleurs pour les filles. Ils sont très curieux de savoir d'où nous venons, où nous irons ensuite, et surtout si nous serons là le lendemain pour rejouer avec les petits blondinets !



Mais le temps passe vite, et les routes ne se croisent que pour se séparer ensuite. L'équipage de Samba qui a déjà retardé son départ de quelques jours doit partir. Le prochain rendez-vous est si loin dans le temps et l'espace qu'il semble un peu irréel...


Demain, nous repartirons pour Hiva Oa, cette fois-ci pour explorer les mouillages du nord de l'île avant de descendre sur Fatu Hiva.

16 juin : Tahuata toujours...

Après le départ des autres bateaux dans toutes les directions, nous avons traversé le canal du Bordelais en direction du nord d'Hiva Oa. 30 noeuds dans le canal puis quelques accélérations le long de la côte d'Hiva Oa, le bateau file à deux ris jusqu'au mouillage “dramatic” d'Hanamenu, malheureusement trop rouleur pour y rester. Nous y croisons Pollen, qui a tenté d'y mouiller, et nous fait signe que c'est intenable... tant pis ! Nous sommes donc retournés une nuit à Vaitahu avant de revenir à Hana Moenoa. La plage de sable blanc, les cocotiers, les raies autour des bateaux, finalement, ce n'est pas si mal ! 


Nous reprenons un rythme tranquille, lever tôt pour observer les raies autour du bateau, un peu d'école, de travail sur le bateau, puis plage. On se creuse la tête pour trouver des recettes utilisant les bananes (nous en avons deux régimes maintenant dans le cockpit) : tarte à la banane, confiture de banane, bananes séchées, bananes flambées, pain de bananes, gâteau banane-chocolat (un échec... digne d'une tarte à l'orange pour ceux qui s'en souviennent...). Chaque jour on se prépare à quitter ce mouillage le lendemain, mais on y est tellement bien qu'on reporte toujours le départ. Nous sommes finalement rejoints par Rapa Nui, autant dire que nous ne partirons pas tout de suite...

21 juin : dernières nouvelles de Tahuata


Tahuata n'est que notre deuxième escale aux Marquises, mais il se peut qu'elle reste la plus belle. Je ne sais pas si nous trouverons ailleurs une île plus belle, plus calme, où nous aurons autant profiter de la plage, de l'eau, puis du village. Dans la baie d'Hana Moenoa, festival de raies en snorkelling avec Rapa Nui, jusqu'à sept raies-mantas de plus d'1m50 d'envergure évoluent autour de nous... Nous les voyons chasser, bouche grande ouverte, tournoyer, remonter vers nous, sans crainte, presque à les toucher. Lorsqu'elles s'approchent trop, c'est nous qui reculons, peu habitués à les voir de si près ! Nicolas de Rapa Nui fait un film magique, qu'on essaiera de mettre sur le site à la prochaine connexion. En snorkelling toujours, on aperçoit de loin quelques requins, de petits pointes noires d'1m20 environ, mais qui restent à distance. Après une semaine à Hana Moenoa, nous retournons à Vaitahu. C'est un plaisir de retrouver cette ambiance de village. On nous reconnaît, les enfants sont interpellés par leurs copains pour jouer au foot devant l'église. On discute sur le pas des portes, et on repart une fois de plus avec des fruits... La vie est chère aux Marquises. Une baguette ne coûte que 64 francs (50 centimes d'euros), c'est la seule chose bon marché. Tout vient de loin, de métropole, ou de Nouvelle-Zélande, au mieux de Tahiti, et tout est taxé. Les Marquises restent isolées, et le passage toutes les deux ou trois semaines du Taporo ou de l'Ara Nui, les deux cargos (encore nommés “goélettes”) qui apportent les marchandises et transportent les passagers, reste un événement qui met les villages en effervescence. Dans les magasins, on ne trouve pas ou très peu de légumes frais, soit les marquisiens consomment ce qu'ils produisent, soit ils s'en passent. Il est quasiment impossible d'acheter des fruits. On voit les arbres crouler sous le poids des citrons, des pamplemousses, des fruits de l'arbre à pain, des mangues ou des papayes, mais ils ne sont pas à vendre. Ici, on les ramasse par terre, ou on attend qu'on vous les donne ou qu'on les troque. 


Après quelques bonnes journées et soirées en compagnie de Rapa Nui, on se fait un peu violence pour relever le mouillage et continuer à avancer. Cap sur le nord, avec escale pour commencer à Hanamenu, sur le nord d'Hiva Oa. La navigation se fait au moteur, nous avons attendu que le vent tombe pour que le mouillage soit praticable. Malgré les deux lignes dans l'eau, nous ne pêchons rien cette fois-ci, et pourtant il y a de la vie : un espadon fait un bond derrière le bateau, on croise quelques requins, un banc de mammifères marins non identifiés (petites baleines ? Globicéphales ?), et un banc de dauphins qui nous accompagne jusqu'à l'entrée de la baie d'Hanamenu. 

24 juin : Hiva Oa, les mouillages du nord

Notre première étape sur le nord d'Hiva Oa est à Hanamenu. Il s'agit en fait de deux baies jumelles, l'anse Tanaeka et la baie Hanamenu, séparées par la pointe Matahau, espèce de tourelle de roche qui émerge à plus de 100 m au-dessus de l'eau. L'entrée de la baie a une allure de Grand Canyon, avec sa roche brune et ses à-pics. D'un côté, on entre dans Tanaeka, avec sa plage de sable blanc, de l'autre dans Hanamenu, avec une plage de sable noire, les deux bordées de cocotiers. A Hanamenu, il y a quelques maisons, pas toujours habitées. On suit une petite rivière pour aboutir derrière les premières maisons à un bassin d'eau douce aménagé, alimenté par une cascade. Nous sommes seuls au mouillage, mais il y a à terre quelques chercheurs qui ont fait le trajet en barque d'Atuona pour prendre des mesures. Il paraît qu'à une centaine de mètres du rivage, on trouve encore du corail et, en creusant, deux mètres de sable, ramenés par un tsunami qui a eu lieu dans les années 40... Pas de tsunami annoncé, mais malgré l'absence de vent et la houle qui devrait être plus à l'est, le mouillage est très rouleur. On observe avec inquiétude, la première nuit, les rouleaux qui viennent s'écraser sur les parois rocheuses à une centaine de mètres du bateau. Le débarquement à la plage est sportif une fois de plus. Même en kayak, il est difficile de ne pas se faire rouler par les vagues. Cela nous coûtera une pagaie (et non, elles ne flottent pas...) et une paire de lunettes...

Après deux nuits à Hanamenu, on longe la côte d'Hiva Oa vers le mouillage d'Hanaiapa. Les vallées succèdent aux vallées. Le paysage est moins luxuriant que du côté sud, les teintes vont du jaune au brun, en passant par le vert pâle des broussailles et de l'herbe. Pas de jungle, de cocoteraies ou de bananeraies ici. Seuls le blanc des frangipaniers tranche sur le brun avec leur faux-air d'arbres morts. Quelques baies, échancrures dans les falaises, mais on ne s'y risquera pas, seuls trois mouillages sont cartographiés sur toute la côte nord, et le sondage date parfois de près de 200 ans, du temps du HMS Beagle... L'entrée de la baie d'Hanaiapa est une fois de plus “dramatic”, on compte trois belles grottes dans la paroi en arrivant, une grande cascade qui se jette directement dans la mer, et un rocher tout droit qui se dresse à l'entrée de la baie. Au fond, quelques maisons, et des arbres partout sur les flancs des collines. A terre, on suit une petite route qui mène au coeur du village : une école avec cour de récréation, et quelques maisons disséminées dans la végétation. Les jardins sont bien entretenus, propres, défrichés, avec des fleurs et des fruits partout, c'est joli ! Nous sommes encore seuls au mouillage. Malgré la beauté du paysage, ce mouillage non plus n'est pas pratique : aucune facilité à terre, pas de magasin, d'internet ou de dépôt de déchets. Pas de ponton non plus pour débarquer, il faut se hisser sur un quai en pierre et mettre une ancre à l'arrière de l'annexe. La mauvaise série continue, grappin coincé dans une patate de corail, il faut monter en force dans l'annexe, et Greg y laisse un nouveau morceau de bras... On ne dira pas qu'il n'a pas donné de sa personne aux Marquises ! L'après-midi, Greg rencontre à terre William, fondateur du “Yacht Club” de Hanaiapa. Il semble qu'il s'agisse d'un registre dans lequel il fait signer tous les plaisanciers qu'il voit passer depuis 1971, et on y ajoute le nom d'Eol...

Dernière escale sur Hiva Oa, le mouillage de Puamau, situé au nord-est de l'île. La baie est plus large que les précédentes, il y a de la place puisque nous sommes encore seuls ! Débarquement en annexe à peine plus facile qu'ailleurs, sur un quai en béton qui ne protège qu'à peine de la houle. Deux marquisiens nous accueillent gentiment et nous propose de nous déposer en voiture au site archéologique au-dessus du village. Ca monte beaucoup, et nous sommes bien contents de ne pas le faire à pied ! Sur le site, on flâne un peu au milieu des tikis, représentation humaine en pierre, on cueille quelques pamplemousses et fruits à pain (avec la permission des marquisiens, bien sûr, tous les arbres fruitiers, à part peut-être les manguiers, appartenant à quelqu'un) puis on redescend tranquillement au bateau. Nous sommes dimanche, et beaucoup de familles sont sur le pas des portes ou à la plage. Comme partout, tout le monde nous sourit et nous salue... L'après-midi, nous devons renoncer à retourner à terre, la houle rendant le débarquement trop dangereux. Mouillages rouleurs, débarquement périlleux et nonos aux piqûres redoutables à terre, décidément, les Marquises se méritent ! Au coucher du soleil, nous mettons le cap sur Ua Huka, distante de 65 milles. Nuit sous grains, les gribs annonçaient 12-13 noeuds de vent, nous aurons eu 25 noeuds presque toute la nuit, et arrivons au  petit matin au mouillage de Hane.

29 juin : Nuku Hiva

De Ua Huka, nous n'aurons vu que les chevaux en train de paître sur le terrain de foot et les chèvres escaladant les à-pics de chaque côté de la baie. Nous étions bien tentés de nous promener dans le village de Hane, mais les vagues qui déferlaient entre nous et le rivage nous en ont vite dissuadé. Il faut dire que des surfeurs attendaient la vague juste à l'arrière de l'unique autre bateau de la baie, ce qui est un signe indiscutable que le débarquement sera sportif... !

Après une nuit agitée (un vent variable en cap de 180° et passant en rafales de 10 à 30 nœuds...), nous partons pour Nuku Hiva. A peine les sentinelles doublées (les deux rochers qui marquent l'entrée de la baie de Taiohae), nous cherchons aux jumelles les bateaux-copains. On retrouve avec plaisir Perséïdes, Céramaje, Pollen et Jason, quittés à Tahuata, et Black Pearl, que nous n'avions pas vu depuis les Perlas, de l'autre côté du Pacifique.

La baie de Taiohae est large et bien abritée. Finis les mouillages rouleurs et les débarquements périlleux. La contrepartie, c'est la ville et son agitation. 2000 habitants, ça ne semble rien, mais Taiohae est la ville la plus importante et plus active ville des Marquises.

Le week-end s'annonce chargé, dès cet après-midi c'est l'ouverture des festivités de juillet, avec animation et élection de Miss Nuku Hiva. Demain, nous partirons à plusieurs bateaux sur une baie du nord où nous pourrons nous baigner. A suivre...

3 juillet : Taipivai, baie de Hakahaa

Nous voici de retour à Taiohae, après un week-end prolongé à Taipivai...

Partis samedi à la suite de Black Pearl de Taihoae, nous tirons deux bords vers l'est pour tenter de passer le cap Tikapo et remonter le long de la côte de Nuku Hiva. Le vent étant trop faible pour aller aussi loin que prévu, nous décidons de ne pas suivre Black Pearl et changeons de cap pour entrer dans la large baie du contrôleur, qu'on suit jusqu'à la baie de Hakahaa, face au village de Taipivai, où nous sommes seuls au mouillage.

Le village de Taipivai, 300 habitants, est situé dans une jolie vallée, avec une petite rivière qui vient se jeter dans la baie, une ambiance rurale et tranquille. Sur les conseils de Samba, nous allons dire bonjour à Simon et Tahia, qui tiennent l'une des trois épiceries du village et sont contents de rencontrer des voyageurs. Pendant quatre jours, nous passons de très bons moments avec toute la famille, qui nous accueille avec une gentillesse incroyable. Les garçons (Emmanuel, ou Tehia en Marquisien, 11 ans et Simon, ou Tearii, 9 ans) nous emmène à pied vers un site archéologique des environs. Après une marche dans la jungle le long d'un sentier boueux, on repère deux plateformes (paepae) et quelques tikis en bon état. Au retour, la pluie tombe à verse, des torrents se forment à nos pieds, nous sommes trempés jusqu'aux os. Les garçons qui plaisantaient depuis le matin sur les cochons sauvages se mettent à crier et à ramasser des cailloux pour en faire fuir un juste devant nous ! Sur le chemin, ils prennent le temps de nous indiquer les fruits comestibles, corrosols, caramboles, goyaves, papayes. On goûte le « jus marquisien », nectar d'hibiscus qu'on aspire dans les fleurs fermées, des pistaches fraîches et des « kapai », sorte de haricots géants dont on mange la chair sucrée... On déjeune avec toute la famille du riz et du poisson grillé (pékia), arrosé de jus de pamplemousses, et Léa suit avec admiration Cécilia (Hoatitihoaanipuketëfé de son nom complet), la grande sœur des garçons dans toute la maison.

Le lendemain, Simon (le père) nous conduit en voiture jusqu’à Hatiheu, sur le nord de l'île. Les points de vue sont superbes, l'île est très verte de ce côté, on y trouve des pandanus, des acajous, des bois de santal, des bambous, des sapins, des banyans, etc... et bien sûr des bananiers, des cocotiers, des manguiers partout... Nous pique-niquons ensemble à Hatiheu, après une visite d'un autre site archéologique, avant de revenir voir la vue sur la baie de Taiohae et d'aller cueillir des cocos (cocos germées, excellent!) et des mangues au bord de la route. Sur la route, on prend en stop Jacques, l'équipier de Visiteur, qui fait une rando à pied dans l'île. Le dernier jour à Taipivai, nous voyons arriver dans la baie l'Aranui (le cargo qui fait la liaison entre Tahiti, les Tuamotus et les Marquises). Nous assistons au déchargement sur la plage par des barges. Comme beaucoup de gens de la vallée, Simon attend sa livraison pour le magasin. Il y a aussi des parpaings, du ciment, un matelas, une machine à laver... Les barges chargent ensuite les sacs de coprah qui ont été préparés, et qui diffusent une bonne odeur de coco fermentée dans la baie. Il y a encore quelques années, l'Aranui chargeait aussi à destination de Tahiti des fûts de nonnis, ce fruit à odeur de roquefort bien mûr, utilisé pour des produits pharmaceutiques. Aujourd'hui, les nonnis pourrissent sur les arbres et seul le coprah est une source de revenus. Après ces quatre jours passés en compagnie de la famille de Simon, nous leur disons au-revoir à tous, en espérant avoir l'occasion de repasser chez eux. Nous repartons avec des cadeaux, colliers de graines pour tout le monde, des fruits à ne plus savoir qu'en faire, mais aussi le sentiment que nulle part ailleurs nous ne rencontrons de gens aussi accueillants et gentils que les Marquisiens. Nous avons eu beaucoup de plaisir à discuter avec Simon et Tahia des Marquises, de leur île et de leur vallée, et de la culture marquisienne.

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