Iles du Pacifique

On the road again...

Départ imminent de Bora-Bora, cap ouest-nord-ouest, prochain stop Suwarrow, petit atoll isolé dans le groupe nord des îles Cook, sur les traces de Tom Neale...


Traversée Bora-Bora – Suwarrow – 3ème jour

Position le 28/5 à 19h45 UTC : 15°13 S 156°08 W

Cap 284° - Vitesse 6 noeuds

Départ de Bora dimanche matin sous le soleil, bateau rangé, équipage sturgeronisé, grand'voile hissée. La houle est courte et nous secoue dès la passe franchie. On teste toutes les configurations de voile avant d'affaler la GV et de continuer plein vent arrière sous génois seul. Journée de lundi sous la pluie, ciel bouché, averses fréquentes, le bateau continue à jouer au bouchon sur la mer devenue grise. Mardi matin, soleil enfin. La houle s'est un peu allongée, on avance voiles en ciseau sur le cap. Les estomacs ont repris leur place, les enfants sortent les jouets et on calcule l'ETA : les 8 ans de Matthieu à Suwarrow ou en navigation ?

 

Traversée Bora-Bora – Suwarrow – 5ème jour

Position le 30/5 à 19h45 UTC : 13°58 S 160°45 W

Cap 290° - Vitesse 6 noeuds

Temps gris, mer formée mais vent constant, autour de 20 noeuds, on compte les heures jusqu'à l'arrivée, en espérant avoir assez de lumière pour prendre la passe demain dans la journée.

 

31 mai 2013 : Suwarrow !

Terre en vue ! En milieu de matinée, on distingue enfin quelques têtes de cocotiers qui émergent à l'horizon. C'est Seven Islands, les motus les plus à l'est de Suwarrow. Deux bords de grand largue pour se rapprocher encore, un peu de ciseau, puis on affale le génois et la GV. Petite montée d'adrénaline dans la passe, pourtant bien large et assez claire, avec à peine 3 noeuds de courant contraire, et qu'on passe à vue, le GPS ayant du mal à nous positionner sur la carte... On repère bien South Reef, le récif à fleur d'eau qu'il faut parer avant d'atteindre la zone de mouillage. Trois mâts face à Anchorage Island, un autre bateau derrière nous, et même si les conditions de mouillage (roulis, profondeur, nombreuses patates) ne sont pas idéales, on est bien contents d'être arrivés ! 

Cette année encore, Matthieu a choisi un cadre plutôt sympa pour son anniversaire : après avoir fêté ses 6 ans au pied du piton de la Soufrière à Ste Lucie et ses 7 ans dans la baie de Tahauku à Hiva Oa, nous fêtons ses 8 ans dans un mouillage peuplé de requins pointe noire, face à l'Île au Trésor...


5 juin : nos premiers jours à Suwarrow

Suwarrow est un atoll du groupe nord des îles Cook, inhabité si ce n'est par les 2 rangers présents 6 mois par an, ainsi que les bateaux de passage (140 l'année dernière), autorisés à rester 14 jours au mouillage. C'est un parc naturel protégé, ouvert seulement hors saison cyclonique, et très réglementé : les rangers sont chargés de protéger l'atoll de toute introduction de plantes, d'animaux, de viande, de déchets divers, etc... Un spray bactéricide a été appliqué dans le bateau à notre arrivée, ils nous ont demandé d'emballer la noix de coco que nous promenons depuis Moorea. Nous avons rempli à notre arrivée une douzaine de documents, pour le parc, la douane, l'immigration, les affaires sanitaires, etc... et payé les droits d'entrée, 50 dollars. Une seule zone de mouillage est autorisée, face à Anchorage Island, et aucun débarquement sur les autres motus n'est possible. Plus encore qu'ailleurs, l'impression d'isolement est totale : pas de cargos à l'horizon, pas d'avion dans le ciel, aucun moyen de transport à part les bateaux de plaisance. Les rangers eux-même plaisantent sur le fait que le bateau des Cook ne viendra peut-être pas les chercher en novembre, et qu'il leur faudra compter sur l'un d'entre nous pour les ramener...

Nous sommes le 4ème bateau de passage de l'année, et les rangers sont là depuis une quinzaine de jours seulement. Ils ont déjà aménagé Anchorage island depuis leur arrivée : la plage et les sentiers vers leur campement ont été déblayés, certaines zones de végétation ont été traitées contre les rats.

Samedi soir, pot luck avec les rangers et les quatre autres bateaux sur la plage. Les rangers fournissent le poisson, les plaisanciers les boissons et le reste du repas. Sept thazards en une heure, belle pêche que nous consommons au barbecue. Il y a là deux bateaux allemands, un canadien, un américain, les deux rangers des îles Cook, et à nous quatre nous représentons la France. Matthieu et Léa, seuls enfants de l'île, charment tout le monde. La soirée se finit au "yacht-club", à la guitare avec des chansons maoris de Nouvelle-Zélande...

Au matin, snorkelling à quelques centaines de mètres des bateaux. Pas de raies mantas, mais dans 10 mètres d'eau, la moindre ombre de requin est effrayante. Que des pointes-noires, et un pointe-blanche, mais on se méfie... En faisant le tour d'Anchorage Island, côté passe, on reconnait les ombres des requins gris, ne pas se baigner de ce côté, surtout que c'est l'endroit où les rangers jettent leurs restes de repas et les requins ont l'habitude d'être nourris !



8 juin : quelques jours de plus chez les Robinsons...

Les jours passent à Suwarrow, avec quelques changements au mouillage : un bateau allemand et un americain s'en vont, un suisse et un australien arrivent. Enfin un enfant pour jouer avec Matthieu et Léa.

On varie les activités : à terre, les enfants jouent sur la plage, font de la balançoire et du hamac, grimpent à la corde, se baignent à la plage. On se balade à l'extrémité d'Anchorage Island, où le platier forme des petits bassins dans lesquels les enfants s'inventent des jeux. Contraste des couleurs entre le vert de l'île, le brun du platier, le jaune de l'estran et les bleus du lagon et de l'océan, jusqu'à la barrière avec de l'eau jusqu'aux genoux. Un pointe-noire trop curieux passe un peu près de mes jambes...brr ! Régulièrement, Na (dit Charlie) nous offre des cocos bien vertes, qu'il va chercher en grimpant au cocotier à mains nues à plus de 15 m du sol, ou qu'il sort du frigo, givrée à l'intérieur, un régal ! Il nous nourrit de thon et de thazard, qu'on mange cru au citron, ou qu'on cuit à la crème de coco, ou en fish and chips. On va au "lavoir", cuve creusée au sol, recouverte de tôle, où on puise l'eau de pluie, pour faire la lessive au milieu de la végétation et des moustiques.

Le vent a bien baissé depuis vendredi, après l'agitation des derniers jours, et le plan d'eau en est transformé. Tout est plus calme et plus joli, l'eau est plus claire, on voit les fonds même par plus de 10 mètres. En snorkelling sur les bancs derrière la zone de mouillage, on nage avec deux raies mantas de trois mètres d'envergure, un beau spectacle même si on regarde toujours au-dessus de notre épaule pour veiller sur les requins éventuels ! Il y a de la vie dans ce mouillage, entre les oiseaux (sternes, pétrels, fous bruns, et frégates), et les pointes-noires à l'affut dans l'eau, parfois une dizaine autour du bateau. Greg aide Charlie à poser des bouées pour délimiter les récifs autour de la zone de mouillage. Une dizaine d'apnées à 7-8 mètres de fond, c'est du sport !

On s'occupe aussi un peu du bateau, avec quelques séances couture pour réparer la bande anti-UV du génois : Six mètres de petits points bien serrés qui doivent tenir encore 1800 milles jusqu'à Nouméa...



Après le pot luck de la semaine dernière pour l'ouverture officielle du parc, Charlie organise une fête pour son anniversaire. La veille, il a pêché 3 gros thons, qu'on mange au barbecue, marinés au citron et cru en sashimi. Il a aussi attrapé d'énormes crabes de cocotiers. Après le discours de Harry, le chef ranger et celui de Charlie, il y a la prière, puis on se régale avec une quantité incroyable de nourriture. On arrose ça d'eau de coco glacée, et aussi des restes d'alcool des bateaux. Ca parle allemand, anglais et un peu français. Les enfants jouent avec leur nouveau copain australien et viennent nous voir pour traduire quelques mots de temps en temps. Marshmallows est un mot qui ne pose pas de problème...





11 juin : derniers jours à Suwarrow

Pas d'erreur pour le moment sur les prévisions météo : du soleil, quelques rares averses mais plus de vent depuis vendredi. Charlie nous avait promis une balade dans le lagon depuis notre arrivée, et les conditions étant réunies, il emmène les équipages allemand, suisse, canadien et nous dans sa barque. Nous partons d'abord à l'est de la passe, jusqu'aux Gulls islands, où nichent des frégates par centaines. Charlie le ranger prend quelques libertés avec le réglement du parc, qui interdit normalement toute intrusion à proximité des oiseaux. Ceux-ci ne semblent pas trop effrayés par notre présence, nous marchons sur le motu à quelques mètres seulement des femelles qui nichent. Il y a des oeufs partout, des oisillons, et plein d'oiseaux qui tournoient dans le ciel au-dessus de nous, des femelles et des mâles qu'on reconnait à leur jabot rouge. Charlie nous emmène ensuite à l'extrêmité nord-est de Suwarrow, sur la plus grande des Seven Islands. Le paysage est magnifique, plage de sable rose, platier, cocotiers, pandanus... En bordure de plage, un bébé pointe-noire tourne devant nous, nous réveillons dans un tamanu un fou à pattes rouges, avant de couper des cocos pour observer les crabes de cocotiers. Ce sont des bêtes assez étranges, qui rappellent plus l'araignée que le crabe avec leurs longues pattes qui leur permettent de grimper le long des troncs. Eux non plus ne sont pas effrayés par notre arrivée, à croire qu'ils ne sont pas souvent chassés ! Il suffit de tendre la main pour les attraper. Une fois de plus, Charlie grimpe aux cocotiers pour nous ramener une coco verte à chacun, de quoi se désaltérer avant le retour. Le mouillage ici serait parfait s'il était autorisé : que du sable, pas trop de fond, et de quoi se nourrir sur l'île entre les cocos, les crabes, les oeufs d'oiseaux et les poissons...

Nous mangeons du poisson quasiment tous les jours depuis que nous sommes à Suwarrow, fourni par Charlie qui va jusqu'à le nettoyer pour nous. Cette fois, il propose à Greg de l'accompagner à la pêche hors du lagon. Une heure et demi plus tard, ils reviennent avec quatre thons jaunes, sans compter celui volé par un requin gris au bout de la ligne, qu'ils n'ont pas osé lui disputer !

Nous profitons de nos derniers jours à Suwarrow, les gribs annonçant une légère reprise des alizés à partir de mardi. Snorkelling sur les récifs dans le mouillage ou près de la passe (mais pas trop près, nous craignons quand même les requins gris après avoir vu la frénésie dès qu'il y a à manger), ou encore autour des bouées posées par Greg et Charlie. Nous y retournons plusieurs fois avec Léa pour admirer le spectacle des raies mantas, majestueuses et tranquilles, qui nous observent en déroulant leurs mandibules sans se préoccuper de nous. On a beau savoir qu'elles n'attaqueraient pas une crevette, c'est impressionnant ! On commence un peu à s'habituer à la présence des requins. On croise aussi le chemin d'une petite tortue, beaucoup plus craintive et qui ne se laisse pas approcher.

Il est temps maintenant de repartir et de laisser Suwarrow derrière nous, ses crabes, ses cocos, ses rangers et toutes leurs histoires, comment Charlie grimpait déjà aux cocotiers de l'île quand il était enfant, son oncle enterré ici, les naufragés sur la barrière, les os de baleine, etc...

800 milles nous séparent de Wallis, arrivée prévue dans une semaine environ.









Traversée Suwarrow - Wallis - 3ème jour

Position le 13 juin à 12h00 locales (22h00 UTC):

13°15 S 166°54 W

Vitesse 1 nd, vent 5 nds, cap 261°

Distance parcourue depuis Suwarrow (48h) : 222 milles

Mardi matin, départ de Suwarrow. Au-revoir chaleureux de Harry et Charlie, qui nous invitent à revenir bientôt, eux seront là l'année prochaine. Charlie nous a préparé des cocos nettoyées, et une surprise : il est retourné au motu de Seven Island ce matin pour attrapper des crabes et nous en faire cuire un au court-bouillon...

On prend la passe avec un peu de retard sur l'étale, petit mascaret à la sortie, puis encore une zone de turbulences en passant un peu près de Turtle Island. Dès qu'on s'éloigne de l'atoll, la houle de sud-est s'établit, pas trop haute, pas trop courte, et avec les voiles en ciseaux on avance plein vent arrière tranquillement vers l'ouest. Très vite, les mâts au mouillage disparaissent à l'horizon. Nos voisins de mouillage continuent vers les Samoas, Niue ou les Tongas, nous sommes les seuls à prévoir une escale à Wallis. Petite pensée pour le bateau américain arrivé hier à la voile, qui n'a ni moteur, ni carto électronique, ni sondeur, ni GPS,...

Deux baleines croisent notre route sur la première journée. Le temps est variable, très couvert avec de nombreux passages nuageux hier, et le vent faiblit comme prévu aujourd'hui. Nous dérivons maintenant à sec de toile.

Traversée Suwarrow - Wallis - 6ème jour

Position le 16 juin à 12h00 locales (22h00 UTC):

13°12 S 172°59 W

Vitesse 5,6 nds, cap 258 °

Distance de Wallis : 189 milles

Jeudi

Retour du vent, avec des trombes d'eau et de l'orage. De quoi passer une assez mauvaise nuit !

Vendredi

Ciel bleu, les conditions s'améliorent. Le temps nous semble long, comment avons-nous occupé le temps pendant les transocéaniques ?! On lit, on cuisine, on regarde la mer, les enfants jouent et regardent un film en fin de journée. Pas d'école en navigation, nous avons assez travaillé à Suwarrow, parlant des Gaulois au milieu de nulle part.

Samedi

Cette nuit, nous avons croisé notre premier bateau depuis le départ de Bora-Bora, en route sans doute vers les Samoas américaines. Rien d'autre sinon, si ce n'est quelques oiseaux.

Dimanche

Sous la pluie, nous sommes passés cette nuit à proximité de l'île de Savai'i dans les Western Samoas. Une masse montagneuse est toujours visible sur notre travers au matin. Un peu de trafic, avec des feux de cargos et de pêcheurs autour de nous, rendus parfois invisibles par la pluie.

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